L’importance du culte d’Amon (plus tard Amon-Rê) comme culte d’Etat commence au Moyen Empire, et reste incontestée. Le culte d’Amon-Rê est d’une ampleur exceptionnelle, à tel point qu’Akhenaton essaye de l’effacer des disques (scripturaux ou monumentaux) : cet outrage à Amon-Rê sera immédiatement supprimé dès la mort du roi hérétique. Dans l’ère Ramesside qui suit Amarna, Amon prend une splendeur inégalée. Durant la Troisième Période Intermédiaire, malgré la guerre civile et les guerres entre Tanis et Thèbes, le culte d’Amon restera très actif y compris jusqu’en Nubie supérieure.
Un papyrus cité par S.Sauneron, datant de 1198-1166 av.JC, recense le nombre total de personnes employées au culte d’Amon (prêtres, chasseurs, bateliers, administrateurs, paysans, ouvriers) : 81.322 personnes. Cet exemple suffit à montrer la puissance économique et politique du clergé Amonien, tout comme le rayonnement du culte d’Amon.
L’importance des activités cultuelles, rituelles et intellectuelles d’Amon-Rê a offert des réponses théologiques et philosophiques aux questions laissées en suspend par les précédentes écoles de pensée, et permettra d’amener des réponses contre la solution solitaire et monothéiste d’Akhenaton. Et tout cela, en prenant toujours en compte l’adhésion incontestée du peuple à une pluralité de divinités, agissant en association, ou constellation (J.Assmann).
Les développements philosophiques et théologiques de Memphis s’adressaient à un groupe limité de personnes, dans l’élite du royaume : l’aspect intérieur du culte du Soleil en Egypte est réservé à une élite, et les livres de l’Au-Delà (c.a.d la meilleure connaissance pour la vie après la mort) sont des guides royaux réservés à l’élite dirigeante du pays.
L’aspect intérieur du culte du Soleil en Egypte (ses mystères) est constitué par une tradition, qui indique ce qui doit être connu, dit ou fait. Les représentants de cette tradition régissant le culte d’Amon forment un petit cercle formé de prêtres de haut rang et de leurs disciples1.
Le culte d’Amon est caractérisé par quatre aspects principaux :
Pour les Hébreux fraîchement installés en Palestine, occupée depuis longtemps par l’Egypte, dont l’empreinte culturelle est très forte sur la région, ce culte paraît ressembler à leur culte de Yahvé : Akhenaton est assimilé à un prophète (il y en a beaucoup chez les Hébreux), et c’est l’aspect caché mais nommé d’Amon qui leur rappelait leur notion de Yahvé (qui est présence, tout en étant caché).
Ces points ayant été précisés, nous allons pouvoir étudier maintenant plus en détail les nuances et l’évolution des aspects d’Amon selon les différentes périodes.
Le culte d’Amon est très ancien, mais semble confidentiel, jusqu’à l’accession de Thèbes à l’hégémonie, après la 1ère Période Intermédiaire. Le culte d’Amon-Rê ne s’arrêtera qu’avec la fermeture du dernier temple égyptien5.
Deux conceptions alternatives sont envisagées selon le principe de création :
Amon ou imnw suggère l’imperceptible, et vient du verbe racine imn (cacher et se cacher). Ce mot racine appartient à la même famille de nom que Atoum7. Amon est représenté comme anthropomorphe8 et porte sa couronne typique, composée de deux plumes divisées verticalement en deux section (symbole des Deux-Terres9 ), chaque plume ayant des sections horizontales, la plupart du temps au nombre de Sept. Sa chair est bleu coloré, couleur du précieux lapis-lazuli, consacré à Amon. La plume en fait un dieu d’air : comme le vent, Amon peut être senti, mais ne peut jamais être vu, sauf par son mouvement (déplacement du vent dans une haie, ou sur le plumage d’oiseaux par exemple).
Celui dont le nom est caché : Sous le Nouvel Empire, l’épithète « celui dont le nom est caché » (imn-rn.f ou imn-rn) était employée dans l’étymologie du dieu Amon. De nombreux textes parlent d’Amon « se cachant »10
Cette épithète se trouve dans les Textes des Pyramides :
A partir du Moyen Empire (XII° dynastie), Amon est appelé « Taureau de sa mère », en référence à un dieu prédynastique adoré dans la région de Thèbes, et assimilé à Amon.
De toutes les divinités primordiales, Amon est le seul (avec le Noun, l’océan primordial lui-même) qui soit resté important : les autres tombent dans l’oubli. C’était apparemment déjà le cas sous l’Ancien Empire15.
E. Hornung rappelle avec raison que le monde de préexistence du Noun implique le concept d’absence absolue de l’existence (qui n’est pas absence d’existence, mais concept de la non-existence) : dans la pensée égyptienne, « absence d’existence » signifie une existence créée différente qui serait comme le « négatif » (la non-existence) d’un positif (l’existence). Le seul fait que les Egyptiens aient représenté le monde primordial et pré-créationnel comme composé de divinités (l’Ogdoade par exemple) montre qu’ils ne concevaient pas ce monde primordial comme un néant passif (notre zéro), et ce, même si ce monde pré-existentiel est à la fois non spatial, non temporel et indifférencié. Cette « existence négative » mythique (le Noun, le « père des dieux », sans culte) est un absolu, illimité, pre-créationnel, une inertie pré-existante à l’intérieur de laquelle l’activité auto-créatrice fatale16 se dessine au Premier Temps, c.a.d dès la première occasion du dieu de la création lui-même (Atoum, le « père des dieux » se levant du Noun.).
La pré-création est ainsi un néant passif (le Noun) dans lequel le potentiel ou le principe actif de la création (Atoum, l’ensemble vide de toutes les possibilités), se crée « ex nihilo ». Par conséquent, dans « l’existence négative », le principe de la création (en se créant) a établi une « première occurrence » permanente17, qui devient « l’existence positive » (la colline primordiale) émergeant en raison même de la division du créateur en Shou (ciel) et Tefnout (humide), et qui devient par eux, le principe duquel jaillissent les divinités du Panthéon, la vie et l’ordre de la Nature et des hommes.
[1] Il ne faut pas confondre ce petit cercle d’initiés en quelque sorte avec le cercle des adorateurs du soleil sous le Nouvel Empire, qui eux, constituent un véritable mouvement
[2] La crainte de l’Egypte est que les Neter, qui aiment être adorer, quittent l’Egypte, s’ils n’y sont plus honorés. C’est cette croyance qu’utilise Akhenaton lorsqu’il interdit les cultes
[3] exceptions pour les règnes d’Aménophis III, d’Akhenaton et Ramsès II
[4] Akhenaton est le premier pharaon a ordonner que le peuple prie « dans le silence, caché de l’œil social »
[5] hormis bien sur sous le règne d’Akhenaton
[6] Voir la notion du Grand Mot Symbolisme de Ptah : un pan-en-théisme "tout englobant"
[7] Cf. tm Dossier cosmogonie héliopolitaine
[8] comme Atoum d’Héliopolis et Ptah de Memphis
[9] les Deux-Terres sont aussi une représentation des deux hémisphères du ciel
[10] cf. les hymnes à Amon par exemple
[11] Dans l’Hymne cannibale du roi Ounas, Amon n’est pas mangé par Pharaon et ne se repose pas : Amon continue de régner sans l’intermédiaire du Panthéon, puisque pharaon est la « puissance des puissances » et « l’image des images »
[12] cette image n’est pas anodine : pharaon-faucon se repose sur la palais du dieu caché, ce qui suggère les rapports spéciaux entre pharaon et Amon
[13] la mention de Grand dieu est importante en Egypte
[14] contrairement à Atoum, Thot ou Ptah
[15] Cf à ce sujet Noun, l’Ogdoade, Thot et la Création, et les listes des 8 divinités primordiales
[16] fatale dans le sens d’inévitable
[17] Cf La pensée égyptienne : principes et définitions et la notion de Moment Présent
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