Thot (djehouty DHwtii) s’écrit avec le hiéroglyphe de l’Ibis : on ignore tout de la signification de son nom. La plupart des égyptologues le proposent comme dérivant de Djehout (un endroit inconnu), c’est-à-dire, en liaison avec des expressions comme : messager, qui parle dans le temple, celui qui choisit… Hopfner (1914) pense que Djehout pourrait être simplement le nom de l’Ibis, Thot signifiant alors qui a la nature de l’Ibis. Mais rien n’est certain et il semble qu’il y ait plutôt une accumulation de plusieurs divinités primitives dans Thot (syncrétisme de l’ère prédynastique)
Décrit dans Le livre des morts comme le scribe parfait aux mains pures, Thot est plus qu’un dieu créateur, il est le verbe même du dieu créateur : « Je donne le souffle à celui qui demeure dans le monde caché grâce aux paroles magiques qui sortent de ma bouche, afin qu’Osiris triomphe de ses adversaires. »
Une variante raconte que, blasé et las des hommes, le roi des dieux Rê avait quitté l’Egypte et confié à Thot la tâche d’enseigner aux hommes les « paroles sacrées » : « Écoutez-moi tous, je suis à ma place dans le ciel, autant que je le peux, je veux que ma lumière brille dans l’autre monde... Et toi, tu seras mon scribe ici, tu maintiendras la justice parmi les gens de ce monde. Tu prendras ma place, tu seras mon substitut. Ainsi, tu seras appelé Thot, le substitut de Rê »
C’est ainsi que sur les ordres de Rê, les hommes reçoivent les hiéroglyphes de Thot, écriture qui devait leur permettre l’appropriation de toute sagesse. L’ibis et le babouin sont les deux visages du dieu Thot Les symboles égyptiens ne sont jamais choisis par hasard et dénotent au contraire d’une très fine connaissance de la Nature, que nous pouvons qualifier de pré-scientifique. L’exemple des deux symboles associés à Thot va nous en donner un exemple.
L’Ibis est un échassier au long bec recourbé dont deux espèces peuplent l’Egypte Ancienne :
Court sur patte, il arpente les marais et rives des fleuves en sondant l’eau boueuse et marécageuse pour y dénicher ses proies. Il se nourrit essentiellement de grenouilles, insectes, larves, serpents et crustacés. Charognard à l’occasion, il se nourrit parfois de cadavres de mammifères ou de poisson mort. L’Ibis vole lentement, et, en groupe, toujours en rythme comme beaucoup de migrateurs, cependant il n’est pas migrateur et ne se déplace que sur de faibles distances, quittant parfois le continent africain pour rallier de petites îles côtières pour s’y reproduire. L’Ibis niche sur les hauteur des arbres, son nid formant une plate-forme, dans lequel il pond trois œufs, blancs-verdâtres qu’il couve 23 à 25 jours environ, et élèvera pendant 7 semaines.
Toutes ces caractéristiques, et les nombres associés feront le choix de l’Ibis pour représenter Thot : l’Ibis est toujours haut perché, son bec incurvé suggère le croissant de la nouvelle lune, et il rappelle les phases de la lune2.
Il fouille le sol de son long bec pour se nourrir. Le bec, assimilé au pénis ou au calame, est parfois représenté comme pénétrant le ventre volumineux au milieu duquel est peint un sexe féminin. La recherche de nourriture se fait par l’extrémité de son long bec dans le limon, ce qui suggère le mouvement aussi bien du pénis que du calame lors du mouvement d’écriture. La fécondation de la pensée par l’écriture est comparée à la procréation humaine ou animale, comme à Héliopolis.
Sous l’Ancien Empire, on trouve l’association Ibis-Thot dès la 1ère dynastie, et après la mort de pharaon, ce sont les ailes de Thot qui le portent au-dessus du Fleuve Céleste, tel le Grand Mot.
Le choix du babouin comme symbole parle de lui-même : l’association est évidente. Progressivement, et par extension, il en vient à incarner ceux qui honorent les lumières de la connaissance. La statuaire le représente toujours assis ou accroupi, le sexe dressé. Le babouin fouille le sol avec ses doigts, à la recherche de nourriture, et y laisse des traces, symbole du calame qui écrit.
Dès les débuts du Moyen Empire, Maât est associée à Thot. Maât porte en elle la substance immatérielle du monde : elle est de tous les temps de la création, puisqu’elle est l’esprit de Râ. Maât s’écrit :
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| Le coin tracé horizontalement | C’est une partie d’une figure géométrique, qui engendre le jeu des Nombres : c’est un moteur. Il est le symbole stylisé et simplifié du marais d’où sort la première fleur : dans ce sens, il est la base de toute chose vivante |
| Le coin tracé verticalement | C’est le coin qui sépare l’hétérogène de ce qui est devenu homogène, symbole stylisé, de Shou séparant Geb de Nout |
| La plume | C’est aussi le symbole de Shou : Maât représente dans la création corporelle ce que Shou signifie dans la création principielle. |
De la même manière que le monde ne peut être sans Shou, de même il ne peut conserver sa vie sans Maât : ce n’est par simple fantaisie que Shou est émis par Atoum, comme Maât est produite par Râ : Maât est la réalisatrice des principes de Shou3
C’est pour cela que Thot est appelé scribe de Maât : il inscrit la destinée avec les caractères que Sechat dessine : ces caractères sont les signatures des impulsions transmises par Thot et réalisées par Maât.
La nature et le rôle de Maât sont complexes, et s’enrichissent au cours de l’histoire égyptienne : Maât est conscience, mais cette notion doit être définie. Les divers Neter sont des états de conscience de la conscience totale : la conscience des Neter est une Qualité (qui ne doit pas être confondue avec la conscience résultant de l’existence) qui entre en rapport avec toute chose qui existe, dans un rapport constant et sans se modifier. Au contraire, la créature vivante (ou organique) développe constamment sa conscience, et ce faisant, modifie constamment son état propre, ce qui constitue son chemin vers la libération du corporel4.
Maât représente donc la conscience de la Puissance créatrice : Maât est la conscience de Thot qui parle et pense avec son cœur. Elle représente donc en chaque chose, l’individualisation de l’activité causale en tant que conscience. Le Mot de Thot, ou Verbe, est défini par Maât et prend ses noms par elle : cette conscience indestructible est ce qui permettra le triomphe de la vie sur la mort5. C’est dans ce sens de totalité qu’il faut comprendre l’expression Maat est la nourriture des Neter et des humains : si Maât est la conscience du démiurge et de la création, elle ne peut être autre chose que la Sagesse du Monde : chaque humain doit en enrichir sa propre conscience, c’est-à-dire se nourrir en elle, ou se nourrir de la conscience universelle.
Epouse de Thot, Sechat dessine les caractères avec lesquels Thot signe les individus : elle est donc fixation de l’Idée dans la Matière, et expression des caractéristiques du Ka dans la forme d’un individu. Sefekht est le Neter de tout symbole écrit : elle inscrit les caractères de Thot et de Sechat dans la Nature, et nul ne peut en délier le sceau sans son aide. Ainsi Sefekht6 est le terme de la manifestation7,qui, par réaction à l’impulsion causale,permet de dénombrer les qualités immanentes à l’unité septénaire (7 couleurs , 7 sons, 7 années pour le renouvellement des cellules du corps, etc). Sechat est inscription des signatures dans tout ce qui est généré sur terre. Sechat signifie écriture.
Les rapports entre ces divinités associées qui sont chacune des concepts philosophiques sont la marque de véritables écoles égyptiennes de philosophie : les rapports symboliques décrits ci-dessus permettent de mieux comprendre les scènes et tableaux en rapports avec ces Neter. Nous ne pouvons terminer ce sujet sans aborder Hermès trismégiste, qui est intimement lié à Thot.
Quand les Grecs ont du s’acclimater à l’Egypte, ils ont identifiés des divinités égyptiennes avec des noms Grecs. Thot était la divinité la plus populaire du panthéon sur toute la période fin Nouvel Empire – 3° Période Intermédiaire – Epoque Tardive, où le destin individuel devient de plus en plus important.
Divinité nationale liée à la pesée de l’âme, Thot avait des associations locales, comme dieu Lune, déterminant les rythmes de la vie nationale égyptienne (festivités, calendrier). En tant que Seigneur du Tempset donc lié au destin, Thot est très populaire. Par extension, il était seigneur de l’écriture, de la science, de la magie, … créateur qui a fait toute chose par le bruit de sa voix.
Pour les colons Grecs, Thot était Hermès : dieu lunaire lui aussi, Hermès était lié à la médecine et au royaume des morts, comme messager. Hermès est le logos, l’interpête de la volonté divine. Dans la philosophie stoïque, Hermès est à la fois logos et démiurge, ce qui est très certainement dû au culte hermopolitain. A Alexandrie d’Egypte, Hermès est cosmopolite et hellénistique, mais égyptianisé et connu dans tout le monde romain comme…Egyptien.
Hermès trismégiste8 est le produit d’une somme syncrétique entre la théologie hermopolitaine (Thot) et la tradition grecque (hermès), une idée archétypale qui va entourer la fonction du cognitif dans toutes les cultures méditerranéennes d’avant le christianisme.
Le Trismégiste n’a cependant rien à voir avec la conception Egyptienne de Thot. Dans le Corpus Hermeticum, la philosophie hermétique présente Hermès comme professeur de sagesse, alors que dans l’Hermétique technique (les papyrus magiques grecs réadaptés de la magie égyptienne) c’est Thot. De là, Trismégiste est une divinité cosmique, considérée comme capable de demeurer dans le cœur de ses passionnés et de devenir objet d’identification pour le magicien. Cette ambiguïté d’Hermès Trismégiste, entre divin et humain, en fait une référence dans les débuts de la littérature chrétienne (cf les deux natures du Christ), et de nombreux principes hermétiques seront difusés par les monastères du XI° siècle sous le nom de lumen Orientale (Cf. Bernard de Claivaux, de Willem de St Thierry)
Il est donc très important de bien faire la distinction entre trois grandes phases d’Hermès Trismégiste, celui-ci n’ayant pas la même signification selon :
| 1 | La théologie indigène d’Hermopolis | le culte de Thot, le trois fois Grand |
| 2 | L’Hermétisme historique | identification de Thot avec Hermès trismégiste, qui dans son aspect à Alexandrie d’Egypte est Grec et humain, et dont les enseignement philosophiques sont rédigés vers 250 av JC 150 ap.JC. |
| 3 | L’Hermétisme littéraire | La Renaissance a produit une image d’un Hermès trismégiste européen fictif, basé sur ce qu’on pensait avoir compris de l’Hermès égyptien et de l’Egypte Antique, mais qui avait été mal compris et encore plus mal interprété. De là, l’Hermès trismégiste est devenu le patron de tous les ordres occultes de tradition strictement occidentale, quoiqu’en disent ces ordres qui souvent prétendent plonger leurs racines en Egypte ancienne. |
Nous reviendrons ultérieurement sur l’influence de la pensée égyptienne dans le développement de l’hermétisme.
[1] cf : article la Médecine en Egypte Ancienne sur l’importance de ces points dans le corps humain
[2] Thot porte souvent sur la tête une couronne représentant la lune en croissant soutenant le disque de la pleine lune
[3] Shou est le Feu principiel de l’air qui donne la sécheresse du sable (châ) à la terre et qui donne à l’eau la chaleur qui permettra le marécage (che) : Maât réalise les même principes, mais dans le monde corporel
[4] ces sujets seront développés au sujet de la vie post-mortem
[5] tout ces points sont exprimés dans la scène de la pesée du cœur
[6] Sefekht signifie sept
[7] Cf article 7 puissances fatales
[8] Hermès trismégiste ou Hermès trois fois plus grand parce que les Egyptiens, dans les rituels appelaient la fonction Thot en disant : Grand ! Grand ! Grand
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