La théologie memphite est exposée dans de nombreux textes à travers l’histoire égyptienne1. Le mythe Memphite n’a pas connu de modifications depuis l’Ancien Empire, et la pierre de Shabaka , bien que datant de la Basse Epoque, est un texte capital pour comprendre la notion de Verbe Créateur. Avant d’en aborder l’étude, afin de bien en comprendre les subtilités et le mode opératoire, il faut d’abord rappeler brièvement l’imagerie traditionnelle de Ptah.
Ptah, dieu de Memphis, est un dieu vénéré dès les origines de l’Ancien Empire. L’iconographie de Ptah est établie dès la première dynastie : à Tarkhan, on peut le voir déjà représenté sous forme anthropomorphe, vêtu d’un vêtement blanc moulant couvrant tout son corps, une calotte bleue moulante couvrant sa tête et tenant dans ses mains le sceptre de l’autorité ouas, Ptah étant généralement situé dans un naos (ou kiosque ouvert).
Sa présence sur les murs des autres temples de tout le royaume est clairement établie et dévie à peine de cet aspect donné dès les origines (quelques variantes mais sur des détails signifiants (comme le sceptre ouas en forme de djed)). Bien que la forme et les représentations des autres divinités aient souvent changé selon les périodes, celle de Ptah est toujours restée la même. Sa forme est une métaphore de la stabilité et de la continuité, de la fertilité, et de la « commande bien fondée » ou Sagesse de décision qui sont les caractéristiques principales de la monarchie pharaonique. Cependant, sous le Nouvel Empire, son nom n’est pas écrit avec le déterminatif servant à désigner la « divinité » : les trois phonogrammes de son nom, « P », « T » et « H » suffisent à le désigner. L’étymologie la plus probable de son nom étant le mot-racine des verbes postérieurs signifiant « pour sculpter », « pour façonner ».
Sa tête est enveloppée dans une calotte étroite et serrée, d’où n’émerge que son visage et ses oreilles pour regarder ; ses avant-bras sortent du vêtement de toile moulé très étroitement autour de sa forme (un vêtement comparable au vêtement heb sed de pharaon). Dans ses mains, il tient le sceptre ouas. Ce sceptre, symbole d’autorité, est composé d’une branche unique en une extrémité et qui se dédouble en deux branches à l’autre extrémité : l’Unité qui s’exprime par la Dualité. Le sceptre est une représentation de l’énergie principielle Ptah (prisonnière du Matériel) qui circule au travers de ce sceptre. Il peut être selon les représentations, coiffé d’une plume de Maât, d’une tête de Seth ou d’un pilier djed, ce qui précise l’aspect de l’énergie considéré dans la scène.
Dès l’Ancien Empire, le grand prêtre de Ptah est appelé « wer kherep hemut » ou « chef suprême des arts », et « il veut (avoir) le Beau Visage » : ce sont les qualificatifs du dieu de la conception, de la sculpture et de la fabrication, de tout ce qui revient à créer quelque chose en général (y compris l’art du discours bien formé). En même temps que le « Ta-Tenen » ou le « Tenen », Ptah est également en liaison avec les produits alimentaires et les dispositions données par la terre, puisqu’il en est la source énergétique. Dans les textes Héliopolitain, Ptah est à peine mentionné, bien qu’il soit présent pendant le rituel essentiel de « l’ouverture de la bouche » (exécuté sur les statues et la momie). Ptah n’a eu aucun autre rôle dans les rituels funéraires (excepté sous l’aspect de la divinité composée Ptah-Sokar, qui règne sur la Douat). Bien que Ptah ait tout créé et ait été le dieu de la ville la plus ancienne et la plus sainte de l’Egypte antique (où presque tous les pharaons étaient intronisés), il n’a eu aucun cycle de légendes personnelles développé, contrairement aux autres Neter.
Le très célèbre hymne à Ptah résume tous les éléments de la cosmogonie Memphite2, notamment sur les origines du Tout, mais le texte de la pierre de Shabaka constitue un des documents cosmogoniques les plus importants et les plus complet de la théogonie memphite.
La pierre de Shabaka, est une stèle de basalte érigée à Memphis par le Pharaon Koushite Shabaka (712-698), Pharaon de la XXV° dynastie (716-702), donnée au British Museum par Earl Spencer en 1805. Shabaka, roi de Koush réunifie l’Egypte, à la fin de la troisième période intermédiaire, en s’emparant de Memphis après avoir battu la puissante monarchie saïte du Delta. La XXV° dynastie (ou dynastie koushite) sera chassée du pouvoir par l’invasion Assyrienne.
Shabaka est fin stratège (sa victoire sur les royaumes du Delta le prouve) et fin politique. Il connaît les aspirations nostalgiques des égyptiens pour la stabilité de l’Ancien Empire4, et se doit d’établir son autorité. Il choisit donc Memphis comme capitale de l’Egypte (faisant en cela référence au Pharaon Ménès). En y visitant le temple de Ptah, Shabaka découvre avec horreur que le papyrus le plus sacré est attaqué par des vers : c’est le texte de ce papyrus, à la gloire de Ptah, qu’il fait porter sur la stèle éponyme.
Shabaka reprend tous les éléments de la propagande politique de Pharaon. Il prend des mesures d’autant plus populaires que la référence à l’Ancien Empire est évidente. Par le texte de la pierre de Shabaka, le Pharaon est dit fils de Ptah, « règle d’union » unissant les Deux Terres.
En étudiant les champs lexicaux, il apparaît que le texte de la pierre de Shabaka contient trois niveaux de textes :
[1] Textes des pyramides (Fin IV° et V° dynastie – Ancien Empire), Textes des sarcophages, stèle de Shabaka
[2] évoquant le caractère unique et particulier de Ptah
[3] Cf Wilkinson The complete Gods and goddesses of Ancient Egypte
[4] à chaque Période Intermédiaire, l’Egypte regarde avec nostalgie la stabilité de l’Ancien Empire
Bonjour,
Je ne suis ni scientifique ni théologien, je suis seulement en quête des vérités essentielles. Ainsi, au fil de près de soixante années d’existence, j’ai pris de plus en plus d’intérêt à l’étude de la pensée égyptienne et j’en ai fait une interprétation quelque peu personnelle sur laquelle j’apprécierais que vos connaissances me permettent de vérifier mes erreurs éventuelles. Ptah est le Verbe créateur, l’esprit originel qui façonne le Ka de chaque Dieu. Le Ka est la partie immatérielle de chaque être vivant (dieux compris) qui ne peut exister sans le Ankh, le verbe désignant la Vie. Ainsi le Ka est (figé et intemporel), tandis que le corps animé par le Ankh existe (ex sistere) et renvoie l’image du Ka sur terre. Cette vision m’interpelle d’autant plus que je vois dans les attributs de Ptah tout ce que l’on sait aujourd’hui de l’ARN et l’ADN. Ptah a conçu le monde dans son coeur par le verbe comme le fait l’ARN messager grâce aux cristaux apériodiques qui réfléchissent les informations environnementales en permanence. Sans ce sytème complexe de réflexion de la lumière (Ra) dans l’air (Amon), rien ne peut exister à l’exception de l’information originelle, Ptah qui perdure de génération en génération parce que posée dans un lieu où vient reposer le Ba de la personne ayant cessé d’exister.
A ce stade de mon propos et avant d’aller plus avant, pourriez-vous, donc, me signifier ce qui vous paraît éventuellement incohérent dans ce cheminement de pensée.
Je vous en remercie par avance.
Patrick Dufourcq
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