Râ . Bien que souvent l’on puisse trouver en français le nom de ce dieu écrit " Rê ", les Egyptiens l’appellaient Ra, nom qui nous a été transmis par l’écriture. Ce nom désignait initialement l’astre solaire, puis la divinité qui l’incarne.
Ce dieu, adoré très tôt partout en Egypte, a été placé par les pharaons de la V ème dynastie à tête du panthéon officiel. Des temples lui furent dédiés, un clergé lui fut consacré, d’immenses domaines fonciers lui furent attribués pour le « nourrir ».
On connait de nombreux lieux de culte de Râ, tels que Héliopolis, Abou-Gourab, Aboussir, Abou-Simbel, Hermonthis, Edfou et Tell-el-Amarna. A l’Epoque Archaïque, Ra possède déjà un centre de culte à Héliopolis. Héliopolis est le nom grec (hélios = soleil) de la capital du culte rendu à Râ. Du temps des pharaons, la cité s’appelait Iounou. Sous le Nouvel Empire, on ne compta dans la cité pas moins de dix temples et plusieurs obélisques dédiés à Râ. Le clergé héliopolitain était aussi réputé pour être « fort versé dans la connaissance touchant aux choses célestes ». Abou-Gourab, au sud du Caire, fut l’un des grands lieux du culte voués à Râ. Les ruines qui subsistent ne permettent guère d’imaginer l’ampleur des cinq complexes religieux que les pharaons de la V ème dynastie, des Ouserkaf à Niouserrê (de 2500 à 2420 av. J.-C.) consacrèrent au dieu soleil. Le plus important a été bati par Niouserrê. Orienté est-ouest, le complexe d’abord d’un temple bas bâti au niveau d’un chenal qui permet de rejoindre le Nil. De là, une chaussée inclinée monte jusqu’au temple supérieur. Celui-ci est composé vaste cour à l’extrémité de laquelle se dresse un obélisque appareillé, symbole du Dieu solaire.Un autel rituel est placé devant. Ce temple est richement décoré de bas reliefs peints. On y voit notamment cette campagne pendant les saisons de khet (celle des crues) et de chemou (celle des moissons). L’allusion à l’action bienfaitrice du soleil est évidente. Au sud du temple Niouserrê a fait bâtir une immense barque solaire en brique de près de 30 mètres, allusion, là aussi très claire, au voyage de Râ dans le ciel. C’est à Aboussir qu’Ouserkaf, fondateur vers 2500 av. J.-C. de la V ème dynastie, fit élever le premier temple solaire dédié à Râ. C’est à Abou-Simbel qu’a été creusé à flanc de montagne le temple de Oussimarê Meriamon, c’est-à-dire Ramsès II (1290-1123). L’ouverture du temple a été orientée de telle façon que, deux fois par an, à son lever matinal, le soleil après avoir traversé quatre salles vient illuminer les quatre grandes statues de Ptah, de Amon, de Pharaon et de Râ-Harakhtê. Râ fut aussi vénéré dans de grands sanctuaires comme ceux de Khmoun (l’Hermopolis grecque), Hiéraconpolis, Dendera, Edfou et Karnak. Khephren (mort vers 2620 av. J.-C.) consacre la filiation solaire de Pharaon, les rois deviennent en effet « fils de Râ »).
Malgré son importance, Râ se heurta à des adversaires qui imposèrent d’autres dieux. La mise en place de la royauté thébaine (du nom de la ville de Thèbes) valut au dieu Amon une place privilégiée. Ainsi sous les Ramsès, les biens fonciers rattachés aux temples de Râ ne faisaient pas le sixième des terres d’Amon ! Mais Râ est toujours là, plus ou moins assimilé certes, mais visible. Tout dieu que le Pharaon et le clergé cherchèrent à imposer ne put donc échapper, un moment ou à un autre, à l’aspect solaire de Râ : ainsi les dieux Amon, Khoum et Montou furent connus sous les formes d’Amon-Rê, Khoum-Rê et Montou-Rê.
A l’Epoque Archaïque, Râ possède déjà un centre de culte à Héliopolis et son nom apparaît dans celui du pharaon Neb-Ra (IIème dynastie). Râ devint une divinité nationale pendant l’Ancien Empire et c’est probablement Radjedef qui, le premier, a introduit le nom de "Fils de Râ" dans la titulaire, nom dont l’usage perdurera jusqu’à la fin de l’epoque pharaonique. Les pharaons de la Vème dynastie firent ériger des temples solaires inspirés de celui d’Héliopolis dont il ne reste plus rien ; ainsi, pour connaître sa structure, il faut s’appuyer sur le temple solaire de Niouserrê à Abou Gorab. Au cours de l’histoire égyptienne, Râ a été assimilé à Râ-Harakhty, à qui il emprunte la tête de faucon, tout en conservant un corps d’homme. L’évolution ultérieur du culte solaire consuisit à la fusion de Râ et d’Atoum, qui devient le soleil crépusculaire. Au Moyen Empire, Amon supplante Râ en tant que divinité royale, mais ce dernier conserve son importance dans la théologie et est uni à Amon sous la forme syncrétique d’Amon-Râ.
Durant le Moyen Empire (environ de 2055 av J-C à 1759 av J-C), le caractère du Re évolue et plusieurs hymnes expliquent qu’il a créé la terre uniquement pour les hommes, faits à son image. Le mal, l’opposé de Maât, vient uniquement de l’humanité elle-même. Exemple : "J’ai crée les quatre vents, s’écrie Râ, pour que tout homme puisse respirer comme son frère ; les grandes eaux pour que le pauvre puisse en user comme le fait son seigneur ; j’ai crée tout homme pareil à son frère ; j’ai défendu que les hommes comettent l’iniquité. Mais leurs coeurs ont défait ce que ma parole avait prescrit." Texte de sarcophage, XIIe dynastie, vers 1900 av J-C.
A la XVIII ème dynastie (1550-1295 av. J.-C.), le pharaon Aménophis III réagit contre la puissance d’Amon et appela son palais « la maison de Neb-Maât-Rê est le disque resplendissant », allusion sans ambiguïté à sa préférence pour Râ. Avec le règne d’Aménophis IV (Akhenaton), le soleil de Râ passa au devant de la scène non sans avoir changé de nom et d’aspect. Il devient Aton, et se réduisit au seul disque solaire. Notons que le disque solaire Aton n’était pas sans puiser bon nombre de ses principes dans la vieille religion de Râ. Aménophis IV prit même le nom de Akhenaton (ce qui signifie « la gloire d’Aton). La parenthèse fut de courte durée. Son successeur, Toutankhaton (ce qui signifie « image vivante d’Aton ») reprit le nom d’Amon (Toutankhamon) et un décret institua de nouveau le culte d’Amon. Mais Râ, même s’il était au second plan, n’en demeurait pas moins un dieu prestigieux et rayonnant dans le ciel d’Egypte. Dans le domaine funéraire, Râ protège l’au-delà du pharaon. Mais Osiris, et la force du culte qui lui est rendu, s’imposa à sa place. Bien que Râ apparraissait sous diverses formes durant la période Greco-romaine, son culte se détériora petit à petit. Il continua à faire partie de la théologie égyptienne, mais le peuple n’y croyait plus. La dévotion à Râ devint de plus en plus limité aux prêtres du temple.
Famille et associations : En tant que démiurge, on ne lui on connaît ni parents ni conjoints, bien que quelques textes le repésentent comme fils de Noun et de Naounet. Des textes de la Basse Époque lui assignent une épouse, Raet-Taui, et une mère, Neith. Le dieu solaire est le timonier du monde, accompagné de Thot son vizir et de Mâat, devenue sa fille à partir de la XVIIIème dynastie. Râ se nourrit d’elle en la respirant. Parfois, on le considère comme le père de Bâstet. Les théologiens considèrèrent les déesses célestes - comme Nout, Hathor et Isis - comme mères de Râ, chaque soir, elles avalent le soleil à son coucher pour le mettra à nouveau au monde chaque matin. Ses enfants sont Shou et Tefnout. Il est également considéré comme le père du Pharaon. Il porte le le nom de "Lion" dans l’Ennéade. Des entités féminines, porteuses de mort, personnifiaient ses rayons ; son oeil (voir les yeux du ciel) était également redoutable. Ra était lié aux "déesses dangereuses" (Sekhmet, Tefnout, Hathor...), considérée comme ses filles.
Ses représentations et ses formes principales : Elles sont très nombreuses, selon ses diverses formes. Râ est cependant le plus souvent figuré comme un homme ou avec une tête de faucon, qu’il emprunte à Râ-Harakhty. Il porte le disque solaire (comme toutes divinité solaire) avec l’uraeus, ainsi que parfois l’ouas, l’ankh et couronnes divines et royales.
Râ commence sa vie quand il surgit le matin au-dessus de l’horizon. Il est alors Khepri, "celui qui est en devenir" ou encore "celui qui vient à l’existence de lui-même". Avec lui tout commence et recommence. En montant dans le ciel, il devient Rê-Horakhty, à qui il emprunte la tête de faucon, tout en conservant un corps d’homme. Il est à la fois une forme de Râ et d’Horus. Il est le souverain du ciel qu’il traverse. Rê-Horakhty veille sur les âmes d’Orient, celles promises à s’éveiller pour une nouvelle vie. L’évolution du culte solaire consuisit à la fusion de Râ et d’Atoum, qui devient le soleil crépusculaire. Ainsi, Atoum-Râ prend parfois un aspect d’homme à tête de bélier. Il tient le sceptre ouas et la croix ankh. Il peut être aussi représenté sous la forme d’un chat. Il existe encore de nombreuses formes de Râ, nous avons ici évoqué les principales.
Voyage nocturne de Ra, accompagné dans son bateau par des chacals et uraeus. Derrière, on peut voir les figures momiformes Horus et de Thot et devant, on voit Seth terrassant Apophis.
Le temps a passé. Râ alors dieu vieillissant doit faire à la désobéissance des hommes. Ayant consulté sa famille (l’ennéade), il braque son œil vers les hommes. Cet œil divin prend la forme d’une lionne qui massacre les rebelles réfugiés dans le désert. Cette lionne est identifiée à Sekhmet, parfois même à Hathor. Mais la lionne est insatiable. Aussi pour arrêter le massacre, Râ répand un liquide enivrant autour du félin et lui fait ainsi oublier l’objet de ses poursuites. Le souffle brûlant de cette déesse l’assimile souvent à l’uræus que Râ porte précisément à son front.
Le scarabée, image terrestre de Râ : Scarabée se dit Kheprer en égyptien. L’insecte fut choisi comme hiéroglyphe pour inscrire le verbe kheper qui signifie « se créer, se former ». Cette homophonie associa le scarabée à la notion de création spontanée qu’incarne Râ lorsqu’il est Khepri, dieu du point du jour. Le soleil, comme les scarabées, surgit complètement formé de la terre. C’est pour cette raison que le soleil levant porte le nom de « Khepri-kheper-emta » (« Khepri qui est advenu de la terre »). Souvent reproduits sous forme d’amulettes, ces scarabées cachaient en eux le principe de l’éternel retour. Le pharaon Aménophis III (XVIII ème dynastie, très épris de Râ, fit d’ailleurs bâtir un scarabée gigantesque près du lac sacré de Karnak. Pour plus d’information : le scarabée en Egypte
Un défunt vénérant Benou, le phénix.
Dans un premier temps, Râ était la divinité plus importante de l’Au-Delà. On disait que chaque nuit il voyageait dans le Monde des Morts sous la forme d’Auf-Ra, le soleil de l’ouest. C’est lors de sa course nocturne que Râ ranime Osiris. Grâce aux rites funéraires de conservation des corps, tout défunt devient un « Osiris » en puissance. Aussi chaque Egyptien nourrit-il un seul et même souhait : être ranimé à une nouvelle vie, comme Osiris l’a été par les bons soins de Râ. Dans le domaine funéraire, Râ protège l’au-delà du pharaon. Mais Osiris, et la force du culte qui lui est rendu, s’imposa à sa place. Si Osiris s’impose dans le monde des morts, il doit le faire avec Râ. En effet, en mourrant, Râ se tranforme en Osiris : Djafi, l’âme double, ou dualité entre Osiris et Râ. Durant son vivant, le Pharaon est identifé à Râ, mais à sa mort à Osiris. Il est donc identifié à Djafi, représenté avec une tête de bélier.
Râ et le pharaon : Khephren (mort vers 2620 av. J.-C.) consacre la filiation solaire de Pharaon, les rois deviennent en effet « fils de Râ »). Tandis que le roi régnait sur terre, Râ était le maître de l’univers, ainsi ils étaient de la même nature et chacun était le reflet de l’autre. Dans la vie, c’est le roi qui commande les humains, récompensant les obéissants et détruisant le désobéissants, et dans la mort, c’est Râ qui remplit ce rôle. Râ fut de plus en plus associé au roi, qui était humain et dieu en même temps. C’est probablement Radjedef qui, le premier, a introduit le nom de "Fils de Râ" dans la titulaire, nom dont l’usage perdurera jusqu’à la fin de l’epoque pharaonique.
De nombreuses facultés et de kas : Il possédait de quatre facultés : Houh (le goût et la parole), Maa (la vision), Sedjem (l’audition) et Sia (le toucher) et quatorze kas : Djefa ou Ajefa (Abondance), Akhu (Fracas), Djehen (Brillant), Heka (Magie), Hu (Alimentation), Iri (Production d’aliments), Nekht (Victoire), Pesedj (Luminosité), Shemes (Fidélité), Shepes (Gloire), Seped (Habilité), Uas (Honneur), Udy (Prospérité), User (Vigueur). Ils ont celui qui donne au lieu d’Uas à Hu (Brillant).
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