La cosmologie Hermopolitaine

Noun, l’Ogdoade, Thot et la Création

La cosmogonie Hermopolitaine est la troisième grande théologie de l’Ancien Empire, avec Héliopolis et Memphis.

Habituellement, la cosmologie d’Hermopolis est présentée comme postérieure à celle d’Héliopolis et antérieure à celle de Memphis. Hermopolis, comme Memphis, donne le rôle créateur au Verbe (le Mot) pensé par le cœur, ce qui montre que ces deux systèmes théogoniques marquent bien un progrès de la pensée, qui s’éloigne de la conception mythique-tribale de l’Atoum auto-fellateur : en cela, ces deux systèmes sont postérieurs à Héliopolis. Par contre, comme le rappelle entre autre C. Lalouette par exemple, les systèmes hermopolitain et memphite semblent s’être développés en même temps, chaque système portant la marque d’une école philosophique distincte. Le développement de ces deux écoles est entre autre marqué par les conflits des périodes intermédiaires.

A la différence de Memphis (pierre de Shabaka, textes sarcophages,…) ou d’Héliopolis (textes des Pyramides, textes des sarcophages), nous avons peu de sources originales complètes concernant Hermopolis : si l’imagerie qui entoure le mythe du dieu du soleil d’Héliopolis et la précision de la théologie memphite semblent faire défaut à la cosmologie d’Hermopolis, c’est sans doute que trop peu d’éléments nous sont parvenus, à cause d’une perdition quasi totale des vestiges de l’époque ou de la difficulté des fouilles sur le site d’El-Ashmounein (Hermopolis). Les principaux éléments concernant l’Ogdoade ont été fournis par les monuments thébains, reconstitués en 1929 par l’égyptologue allemand Kurt Sethe1

Comme la cosmogonie Memphite, Hermopolis décrit, ou précise, ou explique, un stade de la pré-création qu’Héliopolis passait sous silence : par ces explications, la cosmologie Héliopolitaine est englobée dans le système Hermopolitain [comme Memphis englobe le système héliopolitain] qui fait de Thot la source de toute création par le Verbe (le Mot), et expliquant et précisant ce qu’est le Noun pré-créationnel. Memphis, comme Hermopolis, constituent les réponses aux questions laissées en suspend par le système Héliopolitain. En cela, elles sont contemporaines, chacune se développant au rythme des aléas historiques. La cosmogonie Hermopolitaine (tout comme Memphis), a pour véritable but de justifier le rôle de Pharaon, roi-divin d’un Etat théocratique.

Le système Hermopolitain attribue la pré-création à Thot2, aidé de l’Ogdoade du Noun, ce qui forme l’Ennéade Hermopolitaine, de laquelle découle l’Ennéade Héliopolitaine3. De nombreuses variantes existent ensuite : soit l’Ennéade forme l’œuf du monde duquel Atoum-Kheprer surgit, soit c’est d’une fleur de lotus flottant sur la surface du Noun qu’émerge Atoum-Rê, qui éclaire ( = création matérielle) le monde de sa lumière. Vient ensuite le reste de la création matérielle, qui se déroule comme décrit dans les autres cosmogonies.

Nous avons donc à Hermopolis :

Noun => Thot = Ennéade Hermopolitaine => Atoum-Kheprer => Râ
Ogdoade le Grand Verbe Fin de la pré-création

Nous allons dans ces articles aborder les grands principes de la pré-création comme elle est définie à Hermopolis, avant de voir plus en détail la symbolique de Thot, et des deux principales divinités associées : l’aspect fonctionnel du Thot-Sekhmet (Sechat) et l’aspect principiel-essentiel Thot-Mâât.


Notes :

[1] Cf son étude magistrale Amun und die acht Urgôtter von Hermopolis

[2] qui remplit ici le rôle de Ptah dans la cosmoginie memphite

[3] le système théogonique hermopolitain se situe « avant » le système héliopolitain

Informations sur cet article
  • Auteur(s) : her bak
  • Publication : 24 mars 2008
  • Mise à jour : 27 mars 2008

Réactions

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  • Quelques petits eclaircissements SVP. Sur l’illustration ou l’on voit l’Ogdoade hermopolitaine construire un tertre (avec une houe ?) pour le soleil, que representent les deux personnages de part et d’autre de Noun qui versent de l’eau ? Sont-ils sexues male/femelle comme dans l’Ogdoade, la reprenant en quelque sorte ? Y a-t-il un lien avec les crues et les decrues du Nil ? Les males grenouilles symbolisent-ils la transformation par metamorphose (du tetard a la grenouille) et les serpents femelles la fixation ( ?), donc deux principes antagoniques pour faire naitre Atoum le soleil ? Au centre, les filaments indiquent-ils la montee progressive du soleil vers le tertre ? En quoi cette image evoque-t-elle la caryocinese ? Desole, je suis neophyte en egyptologie. Merci d’avance pour votre reponse.
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    • Her Bak :

      Voilà beaucoup de questions en une seule ! Pour y répondre de manière indirecte, tu trouveras quelques éléments de réponse dans ce lien : http://www.toutankharton.com/La-pensee-egyptienne-principes-et

      Sur l’analogie avec la karyokinèse, sur ce lien : http://www.toutankharton.com/Neter-et-cosmogonies-definitions ?artsuite=1

      Tout dans la pensée égyptienne est influencé par le milieu, donc par les crues et décrues du Nil, qui seules, permettent de bonnes récoltes : l’Egypte ancienne est agricole avant tout. Le Delta est un marais, et les égyptiens connaissent le cycle tétard-grenouille. La grenouille symbolise le marais, c.a.d. un monde de transformation : le marais évoqué par la grenouille rappelle les eaux du Noun qui entourent le monde créé, le premier tertre. Le serpent a un aspect fixation. Il est surtout, lui-aussi, une image de transformation : il laisse une mue qui est son image, et se transforme perpétuellement, tout en restant lui-même. De plus, écologiquement parlant, les serpents peuplent l’Egypte au Nord comme au Sud, mais si le serpent représente le Sud, la grenouille rappelle le Nord, c.a.d les Deux-Terres, qui ne sont réellement fertiles que si elles sont unies... ;)

      J’espère que ça répondra aux questions que tu posais... ?


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      • Her Bak : Pour terminer, on notera que si grenouilles et serpent représentent les transformations,c.a.d. le monde ectypique, (avant d’être matériel, mais n’étant déjà plus une Idée pure) ; et que si les Grenouilles font penser au marais du Delta et les Serpents font penser au Sud désertique, les Deux-Couronnes sont unies par/sous le symbole du Faucon (=Horus)...le faucon étant un prédateur des grenouilles et des serpents. Il est l’expression de l’union des Deux-terres, comme il est symbole solaire de Pharaon.
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      • Merci pour la reponse. Je vois tres bien pour Horus, le nouveau soleil unificateur de la Haute et Basse Egypte, mangeur de grenouilles (donc un peu francais !) et de serpents sous la forme d’un faucon. J’avais aussi saisi l’analogie avec la caryocinese mais il me semblait que dans l’image de l’Ogdoade reproduite dans ce site, les Egyptiens avaient voulu representer graphiquement la montee du soleil (ou bien est-ce autre chose ?) vers le tertre. Concretement, n’est-ce pas ce qu’ils ont tente de signifer ? meme si cela a pris la forme de filaments dans lesquels on peut voir les tubulures lors de la division cellulaire (metaphase, anaphase). On peut aussi imaginer que les deux soleils ( ?), l’un en bas et l’autre en haut, representent les deux poles de la cellule, lors de la mitose par exemple. D’autre part,les deux personnages versant de l’eau ont-ils un nom et une signification particuliere dans la mythologie egyptienne ou bien sont-ils de simples images destinees a rencherir la signification des eaux primordiales ? Ils semblent former a eux deux comme un Ouroboros contenant ces eaux. Enfin, cette image provient-elle du livre des morts de Konsoumose ? Desole d’etre si precis dans mes questions et merci d’avance pour les eclaircissements.
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        • Her Bak : Alors, pour cette illustration précisément, c’est une image du Nouvel Empire, donc bien éloignée des premiers penseurs de l’école hermopolitaine. L’ogdoade est toujours présente, mais dans cette image elle est sous-jacente. Ce n’est pas la signification première de l’image. Elle est effectivement du Livre des Morts de Kontoumose. Cette image dans son idée première est bien de représenter les trois phases du soleil : aube, zenith et couchant. L’orbite de l’astre est symbolisée et délimitée par les eaux que versent les deux personnages sur les côtés. En regardant l’image, on remarque que les deux déesses ont des tenues et un vase de couleur différentes qui sont en rapport avec ces 3 phases. Dans la symbolique du ternaire représenté, nous avons le 2 (les 2 déesses) et nous avons le 3 (les soleils) : il nous manque le 1 "qui est caché" et qu’on "ne peut pas connaître". Les déesses sont des verseuses de "photon" (puisque c’est le soleil). Le passage de cette énergie régénératrice vers le soleil (assurant son éternité) est facilité par les 8 bêcheurs qui creusent des sillons dans le corps de "l’oeuf" (la masse cosmique) vers l’astre solaire. J’ai choisi cette illustration parce qu’elle montre bien les jeux de la symbolique égyptienne. Cette image est du Nouvel Empire, et parle du cycle de Rê dans le monde créé. On voit cependant clairement deux parties dans l’image : l’oeuf arrosé et irrigué d’une part, le monde créé (symbole akhet des horizons) éclairé de l’astre solaire posé sur l’horizon. Cette représentation fait volontairement appel au mythe hermopolitain de l’Ogdoade et en reprend les principes : le tertre surgissant du Noun chaotique, à la suite de l’action auto-fellatrice d’Atoum qui s’est auto-créé (l’auto-fellation est symbolique du cycle, donc préfigure l’idée de l’Ouroboros). Les 8 bêcheurs du monde créé sont comme la transcription sous forme de "forces physiques" (ils font des sillons qui amènent le liquide régénérant) des 8 de l’Ogdoade hermopolitaine, qui sont les "forces" qui feront le tertre primordial : les "photons" transitent au soleil du monde créé par l’action des 8 bêcheurs, comme le tertre primordial est l’expression de l’action de l’Ogdoade... Dans cette superposition de deux sens, on retrouve bien la pensée égyptienne (le monde matériel-créé des 8 bêcheurs et sous-jacente l’image du monde métaphysique non-créé). C’est bien ici l’image du Moment Présent, le zep tepi, qui a lieu tout le temps, éternellement. Voilà quelques unes des raisons qui ont guidé mon choix d’illustrations vers cette scène du tombeau de Konsoumose ;) Pour ce qui est du rapprochement des phases du cycle du soleil représentées avec la karyokinèse (et pour compléter sur la symbolique de cette scène), en effet tu as tout compris. Les deux pôles de la cellule reliés par des filaments correspondent bien sûr à l’aube et au crépuscule, phases de transformation et passage des deux voies après la mort : celle osirienne de l’Ouest et du crépuscule, celle horienne de l’Est et de l’aube. Voilà,j’espère que celà répond à ta question...sinon hésite pas !
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        • Her Bak : En me relisant, pour compléter sur les jeux de lecture d’image à différents niveaux (caractéristique de la pensée égyptienne), les 8 bêcheurs sont aussi, bien sur, l’expression du monde physique/matériel-créé, celui des anciens égyptiens, qui creusent des canaux pour irriguer les terres et dont la vie est soumise au rythme journalier du soleil. Cette image est la représentation, en une image simple, de concepts liant les mondes métaphysiques (pré-création), ectypiques (création - le Ciel, la Douat) et concrets (monde créé - la Terre, la Douat).
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          • Grand merci d’avoir pris le temps de repondre si longuement et si gentiment a mes questions. Les explications savantes sont tres eclairantes pour moi. Elles m’apportent bien des precisions sur cette representation de l’Ogdoade et ses ramifications possibles dans le cadre de la pensee metaphysique des anciens Egyptiens. Au plaisir et bonne continuation pour ce site tres riche en informations egyptologiques.
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            • her bak : Pas de quoi...lol ! Ce devrait être l’esprit même du net que de proposer des contenus de qualité, normalement... Si tu as d’autres questions, n’hésites pas à t’inscrire et à les poser sur le forum :)
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