Neter et cosmogonies : définitions et présentation

Dans les civilisations de l’Antiquité, la pensée « scientifique » se traduit par le religieux : il n’y a aucune séparation et parler de la philosophie égyptienne va donc nous amener à parler de principes métaphysiques, qui en Egypte sont traduits par des divinités ou Puissances agissantes, de la même manière que la philosophie platonicienne qui reprendra les mêmes principes.

Aucune civilisation n’a exprimé avec autant d’ardeur sa « foi religieuse », qui est foi en son savoir (au sens de sciences : mathématiques, médecine, astronomie, métallurgie et cosmétique, agriculture, etc). Aborder les thèmes liés à la cosmogonie (des prémices de la création du monde jusqu’à l’au-delà), c’est d’abord mieux comprendre des textes ou des scènes qui bien souvent restent énigmatiques. C’est aussi aborder tous les domaines de la science égyptienne, car tout vient d’Un donc, tout en découle : nous verrons par exemple comment cette pensée s’articule au sein même des lettres composant les mots dans le système hiéroglyphique (dans lequel on retrouve Trois lettres Principes et Quatre lettres Eléments en accord avec les principes de la philosophie égyptienne, les autres lettres en découlant).

Parler des cosmogonies, c’est parler des Neter1. Le mot Neter, est un exemple des jeux de symbolique associés aux lettres composant un mot, et lui donnant du sens : les hiéroglyphes, ou medou-neter, permettent de transcrire des mots, mais forment aussi un langage symbolique organisé.

Sens symbolique du mot Neter

Avant d’aborder les cosmogonies égyptiennes à proprement parler, il nous faut revenir sur le mot « dieu » (ou déesse) utilisé pour traduire le mot égyptien de Neter. Le mot dieu n’est pas un mot neutre : chacun en aura inconsciemment une idée selon, qu’il soit croyant ou pas, selon sa religion, selon l’époque ou il vit… Les mots sont toujours chargés d’affects, c’est peut-être pour cela que l’Egypte a utilisé une écriture symbolique complexe (hiéroglyphes) en même temps qu’une écriture plus simple pour la vie quotidienne.

Le Neter est une Puissance, un Principe ou une fonction de la Nature, qui découle de la scission de l’Unité originelle, et qui évoque par ses caractères propres une des caractéristique (ou Qualité) de cette Unité originelle : si tous les Neter étaient indifférenciés2, nous serions revenu au stade de l’Unité originelle (état neutre)

Le mot Neter , écrit par :

R8
est formé des lettres :
N35
X1
D21
ou :
N35
V13
D21

Nous avons donc :

La lettre R

D21
Ou ra (forme d’une bouche entrouverte) évoquant le principe de porte : elle est une entrée qui communique avec les poumons (respiration) et l’estomac (sustentation). D’où son emploi dans le sens de « porte, entrée ». Par cette fonction, la bouche a donc caractère à la fois passif (reçoit l’air de Chou et la nourriture des Ka inférieurs) et actif (émet voix et souffle). Pour parler, la bouche s’écarte plus ou moins : c’est ce qu’évoque sa forme lenticulaire. Son ouverture s’élargit ou se rétrécie, comme l’ombre de Râ qui croit et décroît : c’est pour cela que r signifie Ra :
D21
Z1
Râ le dieu solaire, puisque tout est ombre de Râ. R est donc une lettre solaire, contenant l’idée d’activité, de mouvement circulaire (cycles astronomiques, cycles Osiriens,…)

La lettre N

N35
et
D21
Signe de l’onde, représente une fonction. La Nature est considérée comme une alternance, dont le mouvement forme l’onde de toute nature (énergétique, aérienne, liquide). La cause originelle est considérée comme une eau sans mouvement qui, sous l’effet d’une impulsion, se manifeste en ondes (va-et-vient, alternance, mouvement) qui diffusent vers la périphérie. C’est ce qu’exprime :
  • le nom du Noun, eau chaotique originelle
  • le nom du Nou, eau aérienne promordiale
  • le nom de Nout, dont les eaux englobent la terre

N aura donc le sens symbolique de « ce qui environne » : qu’est-ce qui définit une ambiance ou une atmosphère, si ce n’est la mesure des ondes d’une ciel (Nout), d’un temps (ounout), d’une ville (nout) ou d’une personne (nout individuelle). Chaque être a son caractère propre, qui est révélé par son ambiance : N est donc une lettre qui symbolise ce par quoi les apparences se manifestent : elle révèle le « contenu » du « contenant » (N couronne).

Dès lors pour comprendre comment s’organisent ces lettres nous allons progresser vers le mot Neter. Nous avons d’abord le mot :

Ner (activité, énergie)

N35
D21
Formé des lettres N et R. Donc la valeur active-émettrice de R est ajoutée à N. Ner est donc une énergie qualifiée, qui est absorbée et enfermée dans le nom Ren :

D21
N35
ou
V10

dont elle est l’activité propre : c’est pour cela que connaître le nom est si important en Egypte. Le connaître, c’est connaître l’énergie qualifiée qui le compose, et le prononcer, c’est la libèrer.

Neter

Entre N et R est intercalée la lettre Th, lettre terrestre ou la lettre T qui a caractère terrestre passif : le Neter est donc une « Force » immanente à la Nature (lettre R), qui donne forme à la substance (lettre N) à travers les phases de la création continue à la Nature. Le Neter est donc une activité (Puissance) ou fonction de la Nature, qui peut-être active ou passive selon la manière dont le mot sera écrit.

Nous sommes loin de la définition de « dieu » que l’on sous-entend habituellement au sujet de l’Egypte. Et cette notion du sens symbolique du mot Neter nous amène à une autre définition importante : celle de la vie, selon la pensée de l’Egypte.

Par le sens même du mot Neter, la vie est vue comme l’expression de la présence du Neter des Neter, dont chaque Neter est l’expression caractérisée d’une partie de ce Tout. La Vie est donc ce qui exprime la transformation par destructions (=morts) successives des choses créées, jusqu’à la libération de l’influx originel. Cette destruction successive de formes par le Principe décomposant Feu (ou métamorphose) avec renaissance spirituelle, est considérée comme l’expression de la conscience. Le but de toute vie devient dès lors, de prendre conscience des contingences corporelles, de sorte à s’en libérer, et retourner à l’état d’Unité originelle (sâh auprès de Sah-Orion).

C’est le sens et le thème des divers et nombreux textes cosmogoniques (Livre de Noun, Livre de la Vache Celeste, Livre des grottes Qerert, etc) et funéraires (Livre de sortir au Jour (appelé communément Livre des Morts), Livre des Portes, Livre de l’Am-Douat, etc).

Afin d’éviter toute confusion des principes philosophiques de l’Egypte, nous utiliserons tout au long de cette série d’articles :

  • le mot Neter, en préférence au terme de divinité, dieu…
  • les divers Neter seront à considérer comme (= à la manière) des forces « physiques » naturelles (attraction, gravitation, etc), comme des principes, et seront désignés par leurs noms, par exemple, Sekhmet, ce nom étant alors à comprendre dans le sens de nom-symbole de telle fonction « x » intervenant dans le processus de « devenir », de la même manière que de nos jours nous désignons une force physique par une lettre-symbole.

Notes :

[1] Neter (pl. : neterou) : dieu(x)

[2] la différenciation vient de la scission qui divise l’Unité originelle (cf. Principes de le pensée égyptienne : Cause et Effet)

Informations sur cet article
  • Auteur(s) : her bak
  • Publication : 1er juillet 2006
  • Mise à jour : 31 mars 2008
  • Profil(s) : Egyptoexpert

Réactions

Répondre à cet article Pas de messages pour le moment

L´Egypte Ancienne de Toutankharton - Contenu sous Licence Creative Commons BY-NC-SA - Valide HTML 4.01 et CSS 2 - Design, maintenance :Thomas Joulin



Partenaires : Egypte Antique Photos d'Egypte Fondation Artistique Paris Art Contemporain Photographie