Comme nous venons de le voir au sujet des trois grandes cosmogonies de l’Ancien Empire, nous sommes loin du simple panthéisme décrit dans nombre de manuels. Les religions antiques sont de véritables essais philosophiques et scientifiques, synthétisant et incluant sans cesse les découvertes récentes de la pensée, de la médecine, etc.
En Egypte antique, les premières « écoles » stables de réflexion cognitive concernant le divin sont les théologies mythiques et pré-rationnelles de l’Ancien Empire, développées à Héliopolis ou Ôn , Memphis et Hermopolis ou Khemenou. Sous l’Ancien Empire, l’arrangement Héliopolitain est le plus documenté (les Textes des Pyramides) et est dominant. Le seul texte théologique défini par l’école Memphite que nous ayons, se résume à l’inscription du côté droit de la pierre de Shabaka. Ptah n’est mentionné que trois fois dans les Textes des Pyramides, et il est désigné sous le nom de Grand Noble1. L’arrangement Hermopolitain est connu d’abord par de premières sources Ramessides (dès les débuts de la XIX° dynastie), bien que des traces puissent être trouvées dans les Textes des Pyramides. Il se développe considérablement durant la période tardive (Hermétisme).
Dans chacun des trois systèmes, la création émerge en tant que la terre levée ou Ta-Tenen hors de l’état chaotique avant création. Sur cette colline sacrée, à Héliopolis, Atoum-Rê, le dieu créateur se manifeste en soleil, quand il se lève pour la première fois. « Noun » est l’océan primordial inerte. La colline primordiale est le bâti de la création. Cette représentation picturale se rapporte au mode de pensée mythique. Cette terre levée était une métaphore centrale, un exemple de l’apparition de la création et de la lumière hors des eaux indifférenciées, dans lesquelles le chaos inerte s’étend, dormant et cachant tout par l’obscurité, dans laquelle l’autogéniteur flottait (c’est-à-dire Atoum, qui est ainsi Ba ou âme du chaos). C’était une sublimation métaphorique de l’environnement normal, à mettre en rapport dans ses racines avec le niveau annuel de l’inondation du Nil (la présence du Noun dans le profond de la création elle-même), et le phénomène de la décrue du Nil, laissant la vase noire particulièrement fertile à sa place (terre ou Kemitnoire) ; hors du chaos jaillit la lumière, hors de la nouvelle vie émerge la mort , et le cycle est éternel (répétition).
| Cosmogonie Héliopolitaine | Noun | => Atoum (zep tepi) | => Ennéade | => Création |
| Cosmologie Hermopolitaine | |||
| Noun (Ogdoade) | => Thot (Verbe) | => Ennéade | => Création |
| Cosmogonie Memphite | |||
| Ptah-Noun (Ogdoade) | => Ptah-Atoum (esprit/langue) | => Ennéade | => Création |
Les systèmes de pensée Héliopolitain, Hermopolitain et Memphite forment une triade mythique et pré-rationnelle :
La théologie d’Héliopolis deviendra dominante sous la V° dynastie, mais elle ne réprimera pas les autres théologies (Memphis, Hermopolis). En fait, les trois peuvent être lues comme se complétant, bien que les différences soient évidentes. Sous le Nouvel Empire, la tentative d’une nouvelle théologie solaire favorisant une approche totale de Rê, mènera au monothéisme radical et de courte durée d’Amarna, puis à la théologie hénothéiste d’Amon-Rê des Ramessides5. Le texte original mentionné dans le texte gravé sur la pierre de Shabaka peut être lu comme une réponse de Memphis à cette nouvelle théologie solaire6. C’est probablement aussi la base des hymnes à Ptah écrit sous les Ramessides, qui nous donnent une bonne définition de ce qu’est Ptah.
On comprend mieux l’expression égyptienne utilisée pour désigner le temple « Maison de Vie » : le temple égyptien est bien une école de pensée philosophique, en plus d’être un centre religieux et un poumon économique7
[1] Textes Pyramides 573 §1492
[2] c’est-à-dire le Grand Mot
[3] Dans la théologie d’Amarna, Rê se manifeste comme disque du soleil, appelé « Aton », et est la divinité unique du système (excepté son fils, Akhenaton). Dans la théologie Ramesside, Amon-Rê est essence cachée, une mais pluriforme dans ses expressions
[4] avant le Temps et avant le Premier Temps intermédiaire, passager et fugace
[5] le culte d’Amon fait référence à l’Amon de l’Ogadoade Hermopolitaine, qui concevra Khonsou avec Mout
[6] qui sont des évènements contemporains de Shabaka
[7] le temple possède des terres, des ateliers d’artisans, des écoles, etc. Hormis le pouvoir politique détenu par Pharaon, le temple égyptien est économiquement, identique aux puissants temples de Sumer et Sumer-Akkad, où par exemple toutes les terres où tous les ateliers d’artisans appartiennent au temple
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