La troisième voie

Deux égyptologues français proposent une nouvelle option : au terme d’une analyse multicritère mobilisant les techniques scientifiques les plus sophistiquées, une chambre inconnue abritant peut-être la sépulture de Khéops se situerait, selon eux, au-dessus et en contre-haut de celle de la reine.

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Jacques Bardot et Francine Darmon.

Prudents et diplomates, les deux chercheurs sont soutenus par de grandes entreprises comme EDF. Leur appro-che, fondée sur une batterie de logiciels et des moyens techniques sophistiqués, est réputée sérieuse et prometteuse.

Le Figaro Magazine - Depuis 1988, vous menez, en tant que chercheurs libres, des travaux reconnus sur la pyramide de Khéops. Vous aviez signé un protocole avec l’Institut français d’archéologie orientale du Caire en 2000 pour mettre vos recherches sous protection de l’Etat. Curieusement, dans la polémique actuelle, on ne vous entend guère...

Jacques Bardot (1) - Parce que nous ne voulons pas y participer. Nous trouvons ce conflit regrettable et même indécent. Pendant que deux archéologues professionnels français s’autorisent des provocations médiatiques à l’égard des responsables des antiquités égyptiennes, nous avons plutôt privilégié une stratégie faite de discrétion, de travail et de collaboration avec les autorités du Caire. C’est moins spectaculaire mais plus efficace.

On parle de vous comme d’« outsiders » sérieux en termes d’apport scientifique sur la connaissance de Khéops. Quelle est votre méthode et en quoi se distingue-t-elle des autres ?

Francine Darmon (2) - Nous avons fait une analyse de tous les plans interactifs de l’architecture funéraire royale, en utilisant des outils scientifiques sophistiqués, et ensuite matérialisé nos résultats sous forme de modélisation. La méthode a consisté à rechercher le plus de détails possibles, à partir des connaissances en architecture, symbolisme, religion, rites funéraires, histoire des premières dynasties égyptiennes, sciences des matériaux, physique, géologie, micro-gravimétrie, etc., et à les confronter aux observations sur le terrain. Le tri s’est fait en utilisant des moyens scientifiques performants : analyse numérique, photographies à haute définition, imagerie négative, colorimétrie... Les éléments ont ensuite été modélisés en trois dimensions.

Vous êtes un peu comme des détectives, une loupe à la main, cherchant les traces d’un passé vieux de quelque 4 700 ans. ?

F. D. - On peut dire cela. Mais la loupe doit être bonne ! En l’occurrence, la macro-photographie numérique nous renseigne avec une précision diabolique. L’étude de l’infiniment petit apporte des éclairages fabuleux sur ce passé lointain. Tout comme d’ailleurs les mathématiques et la géométrie.

A quels résultats principaux êtes vous-arrivés ?

J. B. - L’une de nos principales constatations est que la pyramide a été construite selon une logique de dissimulation assez étonnante, matérialisée par des maquillages extrêmement sophistiqués. Sur certaines parois, par exemple, des systèmes complexes de vrais et faux joints invisibles à l’oeil nu camouflent, selon nos observations, les véritables accès internes de la pyramide. Nous avons des centaines de photos et scanners numériques de ces anomalies curieusement appareillées par les constructeurs. Par exemple, nous avons mis en évidence la position et le nombre exact des pierres constituant les parois du couloir horizontal : les 90 blocs de pierre apparents qui séparent l’entrée de la fin du plancher inséré entre les parois ne sont en réalité que 16, soigneusement camouflés. Grâce à certains indices déterminants, nous pensons avoir identifié deux accès et une chambre de manoeuvre dans ce couloir.

Pourquoi ne pas imaginer que ces trompe-l’oeil sont en réalité les produits de restaurations très anciennes du bâtiment ?

J. B. - La plupart des joints ont encore leur mortier d’origine. Et nous avons des raisons de penser que ces différents systèmes ont été conçus dès la construction de l’ouvrage. Dans la grande galerie, par exemple, les parois ont été maquillées et l’on constate une organisation de vraies et fausses cavités. Ce procédé permet de dissimuler les informations sur le nombre et le système de stockage réel des pierres dans la travée centrale de la Grande Galerie. Il a empêché tous les observateurs de comprendre le véritable mécanisme de fermeture des accès du couloir horizontal.

La pyramide nourrit donc à juste titre sa réputation de mystère. Quelle autre constatation avez-vous faite ?

F. D. - Au-dessus de la chambre du Roi, les poutres des chambres de décharge censées résister à l’énorme pression des pierres se sont fracturées par suite de l’affaissement des murs sud et ouest. Certains ont attribué ces fractures à un basculement horizontal vers le nord. En réalité, nos études ont montré que l’hétérogénéité des substructures de la chambre était la cause de cette faiblesse architecturale.

Tout cela veut-il dire qu’il existe une chambre secrète dans les profondeurs de la pyramide ?

J. B. - Disons une cavité inconnue, pour être prudents. Nous pensons nous trouver face à la construction d’un système dual de sépultures matérialisant la dichotomie de la Haute-et Basse-Egypte : un tombeau sud en granit, pierre du Sud par excellence, actuellement appelé chambre du Roi ; et un tombeau nord en calcaire de Tourah, pierre du Nord, qui comprendrait un serdab, c’est-à-dire la chambre de la Reine contenant la statue du roi, et une autre chambre encore non découverte. Celle-ci pourrait être la véritable chambre du Roi, ou un magasin contenant le viatique de Khéops. Sauriez-vous la situer ?

F. D. - Nos travaux recoupent les études scientifiques effectuées par la CGPF pour la micro-gravimétrie et le Centre EDF de Clamart pour les études géomécaniques. Toutes nos observations concordent : la cavité devrait se situer en contre-haut et à gauche de la chambre de la Reine actuelle.

Gilles Dormion estime, lui, que la pièce secrète, se situerait plutôt en dessous de la chambre de la Reine...

J. B. - Nous avons des approches méthodologiques différentes. Le travail de Dormion s’appuie essentiellement sur des anomalies architectoniques, là où nous avons fait une analyse globale. C’est ce qui explique, à notre sens, les insuffisances du travail effectué par son équipe. Il convient de noter que Gilles Dormion a changé ses hypothèses. Il place maintenant une chambre inconnue sous la chambre de la Reine, alors qu’il la situait initialement en haut de la Grande Galerie... Sur un plan technique, cette équipe a effectué en 1986 trois forages dans le couloir horizontal qui ont débouché... dans du sable. Les chercheurs japonais ont utilisé un géoradar à cet endroit et n’ont relevé aucun écho particulier dans cette zone. A la même époque, la CGPF et EDF ont fait des relevés microgravimétriques. Même constatation : il n’y a rien de tangible sous la chambre de la Reine. Des spécialistes de géomécanique pensent que l’équipe de Gilles Dormion a été confrontée à un système d’échos parasites.

A supposer qu’on retrouve la chambre secrète à l’endroit que vous avez identifié, quelles sont vos hypothèses ?

F. D. - Il y a quatre possibilités principales : une cavité vide ; ce serait tout de même une découverte. Autre scénario : une chambre pillée dans l’Antiquité dont on aurait rebouché l’accès ; c’est assez peu probable. Troisième option, une cavité servant de magasin contenant le viatique du roi. Enfin, quatrième possibilité : nous trouverions là la véritable tombe de Khéops.

Quelle est pour vous la prochaine étape ?

J. B. et F. D. - Vérifier sur place nos hypothèses avec des moyens scientifiques performants, dans le cadre d’une coopération franco-égyptienne.


source : http://www.lefigaro.fr/magazine/20050513.MAG0016.html
Informations sur cet article
  • Auteur(s) : Thomas
  • Publication : 14 mai 2005
  • Mise à jour : 14 mai 2005

Réactions

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  • angelopi : Avons nous des nouvelles sur ces recherches fortes interessante ?
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  • jonathan kugelmann (18ans,67610) : vraiment extraordinaire je découvre chaque mois une hypothèse différente sur cette chambre au coeur de la pyramide et a chaque fois je suis convaincu par chacune d’entre elle...le travail effectué par ces 2 chercheurs a des chances beaucoup plus grande d’aboutir que les autres.Il es a la fois professionel et respectueux de la grande pyramide que certain osent encore considerer comme un amas de pierre.j’espere vraiment de tout mon coeur que celui ci va aboutir a la découverte de cette fameuse pièce,peu importe ce qu’il y a dedans..ma préférence irai a la chambre des archives que certains situeraient sous le plateau voir sous le sphinx...je voudrai savoir comment cette pyramide si parfaite a pu etre construite des mains de l’homme et je pense que c’est une enigme encore plus grande que la recherche de cette chambre..merci pour votre travail extraordinaire dans le pays qui hante mes reves !
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    • Lheureux Philippe : Voila encore une autre hypothèse à découvrir sur www.kheops.biz Si elle se vérifie sur place, cela risque de faire beaucoup de bruit dans les médias et attirer les touristes du monde entier.
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