La pensée égyptienne : principes et définitions

Notions de Nombre, Fonction et Harmonie

Cet article vise à expliquer les principales notions de la pensée égyptienne, présentée ici sous forme de définitions qui serviront de base à l’étude des cosmogonies et des différents Livres de l’au-delà

La Tétractys ou Décade de Quatre

La Tétractys ou Décade de Quatre est la base de la philosophie pythagoricienne. En dehors d’elle, il n’y a pas d’Infini : elle représente toutes les possibilités de l’Univers, car elle renferme :

      I         Un     = 1
    I   I       Deux   = 1 + 1 = 2
  I   I   I     Trois  = 1 + 2 = 3
I   I   I   I   Quatre = 1 + 2 + 3 + 4 = 10 = la 
    
Tétractys ou Décade de Quatre

Cette décade engendre des formes géométriques :

  • le cercle est l’expression de l’Unité absolue : il est ce qui est en soi, donc toujours revient à soi, et ne sors jamais de soi-même. C’est l’expression du cycle de la vie, où tout retourne à son origine : rien ne se perd, tout se transforme
  • le triangle, première surface possible, résulte d’une addition d’éléments manifestés par la scission : il n’est engendré d’aucun mouvement.
  • le carré résulte de la multiplication du premier Nombre multipliable : Deux. C’est la première forme engendrée, Forme universelle, puisque tout ce qui est matériel est basé sur un carré.
  • le nombre Six, c’est-à-dire Trois et Trois, est l’addition du premier triangle avec le Nombre Trois qu’il manifeste : Six est un rectangle, aux côtés inégaux deux à deux, formés de Trois et de Deux. Le rectangle n’est pas une forme engendré : il résulte de l’addition de deux triangles.
  • toutes les autres formes sont engendrées de ces trois formes fondamentales : le triangle, le cercle et le carré.

La Tetractys nous donne Quatre éléments-bases de toutes les formes existantes, ce qu’exprime la pensée égyptienne par la phrase « Tout est venu d’Un et retourne à Un, par les Trois Principes et les Quatre éléments ».

Précisions sur les Quatre Eléments

En tenant compte de la nature de ces Eléments, les Egyptiens conçoivent la Tétractys comme :
       I        Feu
     I   I      Air
   I   I   I    Eau
 I   I   I   I  Terre
    
  • Le Feu est Un et Cause de Tout : manifesté il est Trois, et nous avons vu que ce Trois est l’opposé de l’Unité originelle : Trois-Eau est bien l’inverse de Un-Feu. L’Eau est donc trois fois le Feu, et logiquement, deux fois le Feu donne l’Air, deux fois l’Air donne la Terre.
  • Dans l’Elément Eau, il y a par gestation directe Air et Feu c’est-à-dire Trois qui vient de Un et Deux.
  • Dans la Terre, il y a de l’Eau et du Feu c’est-à-dire Trois et Un.

Tout résulte donc du rapport entre le Un-Feu et Trois-Eau

Nous sommes encore dans la Décade métaphysique, c’est-à-dire hors du monde créé, puisque la matière formée ne commence qu’avec le Nombre Quatre. En effet, les Eléments étant constitutifs des choses créées, il faut qu’ils soient eux-mêmes devenus matérialisables. Or tout ce qui est ne peut devenir tel qu’en suivant la Triade originelle : les Eléments ne seront vraiment des « Eléments » qu’une fois qu’ils manifesteront en eux les trois natures de chacun. La nature du Feu est donc triple de Un, la nature de l’Air triple de Deux, la nature de l’Eau triple de trois et celle de la Terre triple de Quatre, qui ne forment pas comme en arithmétique trois, six, neuf douze, mais trois, trois, trois trois, chacun des « trois » ayant une nature différente1.

Dès lors, chacun des Quatre Elément participe bien des Trois Principes : c’est l’image que représente la pyramide, avec sa base carré (Quatre) formée de 4 Eléments-triangles. La pyramide est composée de triangles, figure-symbole métaphysique.

La matière formée a quatre possibilités : Chaud-Froid- Sec-Humide, Quatre qui résument tous les possibles. On ne peut définir une chose sans deux de ces qualités : le chaud peut être sec ou humide, et aura des effets totalement différents.

Ainsi :

  • Le Feu est Chaud-Sec parcequ’il absorbe (ou fixe l’humide, ou le chasse
  • L’Eau est froide humide, est reste opposée au Feu
  • L’Air est chaud-humide puisqu’il est un Feu dont la sécheresse a été vaincue. De la même manière, l’Air sera dit « nourricier » ou « nourriture »
  • La Terre est froide-sèche, puisqu’elle est une Eau dont la sécheresse du Feu a vaincu l’humide.

Pour la pensée égyptienne, la perfection de toutes les perfections est le stade où le Feu pur sera entièrement compensé en Eau pure, c’est-à-dire quand tout sera revenu à l’équilibre parfait, où rien ne dominera plus, et où les Quatre Eléments seront retournés en Un unique : c’est en résumé la symbolique métaphysique de la pyramide (qui entoure la momie, monde matériel de la dualité)

Avec la Tétractys, nous avons donc :

  • les Quatre Nombres et leurs qualités : Trois Principes de Vie, les Quatre Eléments et leur nature
  • un triangle non encore généré (Idée de triangle) et un carré non encore généré (Idée de carré).

La Tetractys est entièrement métaphysique : ses principes qui peuvent nous sembler obscurs aujourd’hui2, sont les principes de base de toute la pensée de l’Antiquité (voir par exemple Aristote, Platon, etc). Mais la création ne s’arrête pas là : la tetractys nous donne les principes métaphysiques, qui ne sont pas encore manifestés : c’est donc la Pentactys ou triangle de Quinze qui va nous expliquer les Principes métaphysiques organisateurs du Monde.

la Pentactys ou Tétractys Manifestée

La Tétractys renferme tous les possibles : elle est le triangle de l’Origine, composée de Neufs unités groupées autours de l’Unité incompréhensible . Ce sont les Nombres de la cosmogonie héliopolitaine, qui expose la création de la grande Ennéade, composée de Neufs Neter-Principes, issus de Noun, les Eaux primordiales. La Tetractys montre comment les Neufs Principes entourent « Celui qui ne peut être connu ».

Mais cette Décade de Quatre est incompréhensible pour notre logique. Seul le triangle de Quinze ou Pentactys nous sera compréhensible, parce qu’il manifeste la Tetractys :

         I           Un  
       I   I         Deux 
     I   I   I       Trois 
   I   I   I   I     Quatre  
 I   I   I   I   I   Cinq
       
La Pentactys nous montre la pensée égyptienne d’une Unité ternaire d’Origine entourée par les Douze lieux animateurs du Monde : ce sont les lieux « animants » ou zoodiaque (=cycle animal). Le Ternaire central donne la Vie (il « irradie » depuis le centre), mais ce sont ces Douze lieux qui donneront le corps animé animal, et qui domineront donc les Douze parties du corps humain.3

Tout celà nous amène à la barque solaire traversant les Douze lieux du ciel : ces derniers, par flux et reflux cosmique, conduisent l’énergie solaire blanche et rouge à travers tous les lieux où dorment les Douze puissances enfermées dans les organes : toutes les deux heures, chacune de ces puissances s’éveille au passage de , « soleil de sang », puis se rendort.

Cette explication sommaire de la Tetractys et de la Pentactys nous permet de retrouver la structure des trois grands mythes cosmologiques fondateurs :

  • Héliopolis : récit de la métaphysique de la Création par l’explication de l’acte créateur de la scission de l’Unité Noun et la naissance des Neufs Neter- Principes, c’est-à-dire toutes les bases sur lesquelles le monde sensible va s’établir, devenant accessible à l’intelligence humaine.
  • Memphis : Les principes métaphysiques sont matérialisés : avec la triade Ptah-Sekhmet- Nefertoum apparaît la première triade formelle qui explique ce qui était affirmé à Héliopolis.
  • Thèbes : La cosmogonie Thébaine définit le fruit de cette Genèse, par la triade Amon-Mout-Khonsou. La grande Ennéade de Thèbes comporte Quinze Neter, dont le dernier est Iouni (= un des aspects d’Amon ) (voir ci-dessous « Harmonie – Les Sept facteur de tout phénomène naturel) qui est appelé «  Seigneur des Neufs » et de la Fête de la Nouvelle Lune.

Thot est le Maître du Temps, des Nombres et des mesures : il occupe le 15° doigt de la coudée ; est le Neter du 15° Nome de Basse Egypte, et Neter du 15° Nome de Haute Egypte. Il préside aux temps lunaires et c’est lui qui mène la barque solaire dans son périple à travers les 2 fois 12h00 du cycle journalier, comme à travers les Douze mois de l’année (cycle annuel) : Thot résume à lui seul la Pentactys.

On notera que les Douze Unités de la Pentactys nous montrent également le triangle 3-4-54. On notera encore que le carré de Trois est Neuf, et le carré de Quatre est Seize, qui est essentiellement féminin dans sa nature : les deux réunis forment le carré procréateur Vingt-Cinq ou carré de Cinq, qui est le Nombre qui clôture le cycle des Nombres Causes ou originels. Cinq comme l’étoile à cinq branches, qui représente l’homme en Egypte (4 membres + tête).

Et parce qu’on sait dès l’Antiquité que le mercure est violemment coagulé par le souffre, et donne un produit appelé cynabre (ou de nos jours, Sulfure de Mercure), les analogies s’imposaient d’elles mêmes… dès lors, nous retrouvons en Egypte les trois grands Principes de la philosophie antique avec :

  • Souffre : Feu qui anime
  • Sel : matière qui soutient
  • Mercure : forme qui fixe

Et tout cela n’a lieu que s’il y a en même temps la Dualité, matrice des Quatre Eléments d’assise, c’est-à-dire Feu et Air contenus en Eau et Terre. Dans ces derniers, les Trois Principes qui nous viennent des Douze lieux du Monde, sont immanents, comme un souffle créateur : c’est le rayonnement de Nout qui montre Hathor dans un carré, symbole de la matrice du Tout, fécondée par elle-même et en elle-même.

Après cela vient l’évolution de tout ce qui est créé (suite de la genèse du Monde), c’est-à-dire de ce qui est devenu par les Nombres. Ce sera le sujet de l’Harmonie cosmique (le mot harmonie est une image venant de l’harmonie musicale, puisque pour l’Egypte, Sept facteurs président à tout phénomènes : sept comme les sept notes d’un accord). Mais avant d’aborder l’Harmonie, il nous faut encore préciser quelques notions.

Cause et effet

Nous ne pouvons croire qu’une chose puisse exister sans qu’elle ait une cause : chaque chose nous apparaît toujours comme un effet, et si nous sous-entendons que chaque chose est un effet, c’est parce que nous sous-entendons une Cause.

Effet et cause sont donc indissociables, et la suite des Nombres nous montre un enchaînement fatal (= auquel on ne peut échapper) de faits et causes : la multiplication ne peut avoir lieu sans une division, qui ne peut être elle-même suivie que par l’addition, qui précède la multiplication.

Cela constitue une marche réglée de la Nature. Il y a donc dans tout phénomène, à son origine, un état correspondant à la nature de l’Unité, et ce quelque soit ce phénomène (naissance d’une galaxie, d’un être, d’une feuille…)

Toute Unité, en dehors de l’Unité originelle métaphysique (qui est absolue), est composée quantitativement, mais peut devenir à son tour qualitativement une Unité-originelle. La science égyptienne sera donc une science métaphysique : celle des Qualités.

La Cause pour l’Egypte est un état-neutre dans lequel deux Qualités sont neutralisées : ce n’est pas une impulsion : elle n’est ni une Volonté ni une source d’énergie vive. En effet, pour les égyptiens, à chaque fois que quelque chose atteint l’équilibre de ses qualités, l’état-cause est atteint. L’état-cause des mêmes qualités, dans les mêmes conditions, donne le même phénomène, et tous les phénomènes suivent la même méthode de « devenir », quelque soit le produit final.

Pour l’Egypte, donc, tout effet a bien une cause, mais toute Cause n’a pas forcément un effet. De plus le lien entre cause et effet n’est pas celui d’un épuisement d’énergie venue de la cause et allant vers l’effet, mais la cause permet à une Energie de se manifester sans que cette Energie vienne de la Cause. Dès lors, la Cause est un centre neutre où l’Energie est absorbée pour donner le phénomène (loi de croisement).

Nous avons donc l’enchaînement suivant :

  • il y a d’abord l’Unité caractérisée par la neutralité de ses qualités
  • il y a ensuite l’Energie comme deuxième principe nécessaire, qui est seule Energie, donc « éternelle » Unité (métaphysique)
  • il y a enfin la direction, la spécification de cette Energie vers le phénomène par la voie méthodique de la corporification (en suivant la marche « fatal » des Nombres)

Donc, nous n’avons pas une Cause et un Effet, mais :

  • Cause (semence)
  • Substance -Energie
  • Phénomène - chose devenue

Pour les égyptiens, le phénomène est donc Energie ou substance qui « s’incarne » (= devient matérielle).


Bibliographie


Notes :

[1] Rappel : nous sommes dans le domaine métaphysique des Qualités, et non en arithmétique

[2] nous avons perdu l’habitude de ce système de pensée au moyens de principes de chaud-froid-humide-sec qui sont à la base de la philosophie grecque

[3] On peut mettre cela en relation avec la symbolique des 12 vaisseaux méridiens de l’acupuncture chinoise : l’énergie animant les divers organes circule dans ces 12 canaux.

[4] Cf article mathématiques

Informations sur cet article
  • Auteur(s) : her bak
  • Publication : 25 juin 2006
  • Mise à jour : 30 juin 2006
  • Profil(s) : Egyptoexpert

Réactions

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  • cythère : Bj Enrichissant, pour le Pentactys j’ai matérialiser des triangles numérique que l’ont nommes Clavis sur certain site, peut étre en relation avec le pentactys voir italien Graal sous google. je viens de finir la clavis à 13 chiffres. Méthode en pointe vers le bas ainsi que vers le haut(pyramide). en restant toujours dans le domaine des nombres voir le carré SATOR (cythère sator sous google)diaporama. Merci.
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  • ROSNET François :

    Bonjour, très intéressant ! Je ne sais où vous avez pris ou pensé tout cela, mais voilà une explication du monde rationnelle et symbolique à la fois. Elle croise certaines de mes réflexions. Il serait peut-être intéressant de les rapprocher.

    François


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    • KOGAN : NOUS VIVONS DANS LA SYMBOLIQUE PERPETUELLEMENT... DEPUIS DES MILLENAIRES...ET C EST TRES BEAU !
      Répondre à ce message

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