Cet article vise à expliquer les principales notions de la pensée égyptienne, présentée ici sous forme de définitions qui serviront de base à l’étude des cosmogonies et des différents Livres de l’au-delà
La philosophie a été, dit-on, inventée en Grèce, et parler de philosophie égyptienne peut sembler une hérésie. Pourtant depuis ses origines l’Homme s’interroge sur son origine et son environnement. La plupart des grands philosophes Grecs ont séjournés en Egypte (Platon, Pythagore, etc.) et, par exemple, la philosophie platonicienne trouve ses origines en Egypte.
Avant d’aborder les notions les plus importantes de la pensée égyptienne, il faut préciser, d’abord, que pour l’Egypte, l’homme est l’aboutissement de la Nature : il est la possibilité de retour à l’Origine.
Ensuite, il faut rappeler que pour l’Egypte, la Création originelle est continue : elle ne se situe pas dans le Temps (puisque le Temps est issu de la création), et constitue ainsi une sorte de Moment Présent qui a lieu à chaque instant, puisque la création n’est autre que l’enfermenent d’une « énergie » dans la matière. Elle est continue puisque les graines germent, le fœtus se développe... Il se produit à chaque instant le « mystère » de la division de l’Unité (voir Pentactys ci-dessous). Cette pensée peu sembler complexe. C’est la même pensée qui anime l’Inde, mais la ressemblance s’arrête là : les Nombres (et donc les Principes) sont totalement différents.
Après avoir expliqué différentes notions métaphysiques, nous verrons comment s’organise la descente de la Cause dans la Matière, à travers la "chimie" des éléments constitutifs du Monde.
Il ne faut pas oublier, en effet, que les premières religions antiques sont de véritables synthèses pré-scientifiques1
De nos jours nous disons qu’une Cause engendre un effet, qui en est la conséquence directe. Pour la pensée égyptienne, la Cause est absorbée par une résistance de sa nature, et donne un effet par réaction de cette résistance (= Croisement) : la Cause ne produit pas d’effet direct : elle restera une abstraction (ou Cause sans effet) tant que manquera la résistance (qui ne peut être que de même nature).
Cette loi de croisement est une clef de la pensée égyptienne : lorsqu’il y a action contre résistance, il y a d’abord complémentation. Puis la réaction sera le phénomène (effet) de cette cause. Toute complémentation est donc négation ou Mort, toute réaction est Vie. C’est pour cela que les Egyptiens « croisent » toutes les notions, le premier croisement étant mort (= cause absorbée), le deuxième croisement (phénomène vital) est Vie : c’est l’exemple du croisement des mains (1er croisement – mort corporelle) et des sceptres (2ème croisement – renaissance spirituelle) sur la momie. C’est aussi le symbole des flèches croisées de Neith.
Si nous nous posons la question de l’Origine, notre Entendement nous fait penser que Tout vient d’une Unité originelle indivisible. Pour le comprendre, l’homme ne dispose que de sa conscience.
Conscience signifie d’abord « science avec » : nous ne pouvons avoir conscience qu’en opposant une chose à une autre : nous n’aurons conscience d’un rapport de grandeur qu’en comparant le grand et le petit. Inversement une chose n’existera que si nous pouvons la comparer à une fraction de cette chose. Dans un raisonnement extrême, nous n’avons conscience de l’existence d’une chose que par la faculté de comparaison avec la non existence de cette chose. Ainsi, si nous ne pouvons pas comparer, nous n’avons pas de conscience.
Ce raisonnement obéit à la loi de croisement puisque c’est par la négation (c’est-à-dire la comparaison avec la non-existence) que nous arrivons progressivement à l’affirmation (réaction).
Et pour l’Egypte, puisque l’affirmation pour la créature procède de la négation, cela veut dire que tout procède d’une scission (ou division) de quelque chose qui affirme par rapport à quelque chose qui nie : étant nous-même issus du Monde créé, nous ne pouvons procéder que par négation. La pensée égyptienne nous situe donc dans un monde par rapport à un autre, dont notre Entendement nous affirme l’existence. Ce monde procède par affirmation : en celà, il est forcément éternel et invariable, en opposition à notre monde qui, bien qu’à l’image de l’autre, est variable, puisqu’il est une négation constante jusqu’à l’affirmation. Pour l’Egypte, dès lors, le monde est donc la conséquence d’une Dualité, d’une scission ou division, qui est la Cause de son existence.
A l’origine de toute création se trouve une Unité qui comprend en elle, incompréhensiblement (chaos), toutes les possibilités ; et qui se manifestera par division : nous trouvons donc à l’origine de toute notion Un et Deux soit Trois principes, dont l’un explique l’autre. C’est la notion de Nombre3 :
En Egypte, l’Unité absolue est « l’Imprononçable » ou « Ce qui ne peut pas être nommé », puisqu’elle échappe à notre raisonnement. Dès qu’elle se divise, elle présente les deux faces de toute chose compréhensible : dès lors, il y a trinité.
Le ternaire se retrouve en tout dans la Nature (monde créé) : une surface doit avoir 3 côtés minimum pour être compréhensible ; la lumière est formée de trois couleurs simples (rouge, jaune, bleu qui forment les autres couleurs) ; mâle et femelle forment l’espèce ; deux éléments et une médiété forment l’assise de tout raisonnement ; trois sons forment un accord parfait,…
L’Unité absolue n’engendre pas, elle est stable et invariable : c’est le Neter des Neter duquel émane le Monde par le seul fait « qu’il contemple sa propre face » : c’est la scission ou dédoublement, la première fonction de toutes qui est la Division.4. Dès que l’Imprononçable se divise en lui-même et pour lui-même, le Monde se crée, n’étant que l’Unique divisé. Il en est aussi de même dans le Monde créé, où la scission s’impose à tout état ayant atteint l’absolue expression de sa nature.
Ainsi :
Nous avons :
Nous avons aussi un ensemble de Nombres : Un, Deux, Trois et la première forme créée, le carré Quatre. Ce sont les Nombres du triangle de 10 aussi appelé Décade de Quatre ou Tétractys.
[1] lire à ce sujet Mircea Eliade « Traité d’histoire des religions »
[2] au sujet des offrandes et de la complémentation, lire l’article sur l’Iconographie égyptienne.
[3] cette notion de Nombre n’a rien avoir avec le nombre arithmétique il s’agit d’un Principe philosophique dont le nombre arithmétique est une « image » naturelle
[4] Pour aider à comprendre cette notions, on notera que la Karyokinèse nous montre qu’il n’y procréation que s’il y a division de la chose elle-même à l’origine
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