La cosmogonie Thébaine

L’obédience amonienne dans la pré-création et la création

La triade thébaine

Nous avons vu plus haut qu’à la première aube de la création, Râ manifeste la face d’Amon, Amon occidental étant l’eau amniotique du Monde. Dans la Nature ce principe amonien se traduit par la triade Amon Mout Khonsou, où Amon est le principe créateur, fécondateur.

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La triade Thébaine : Amon, Mout, Khonsou

Mout est le symbole de la digestion de la semence (digestion qui tue pour décomposer puis former et gester un nouvel être) : elle est le principe féminin qui fixe en volume corporel l’impulsion de vie qu’apporte la semence Amonienne.

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Mout

Nous savons que le troisième élément d’une trinité originelle est en fait le rapport abstrait entre deux éléments connus1. Dans la triade Amon-Mout-Khonsou, Amon est inconnu, Mout le manifeste, et Khonsou révèle sa face : en tant que troisième il appartient autant au premier qu’au deuxième : il est un rapport de Qualité qui fait de lui un intermédiaire entre Trois et Un. C’est ce point que notre raison a du mal à saisir, et c’est pour ça que, dans la généalogie des Neter, cela se traduit par un troisième qui est aussi nouvelle unité, donc Quatrième, c’est-à-dire, Premier d’une nouvelle lignée.

Khonsou, dieu lunaire, est dans la Nature le fils d’Amon et de Mout. Honoré à Karnak, il est généralement représenté sous forme d’un homme ou d’un adolescent au corps de chrysalide, gainé par un vêtement moulant (comme Osiris), portant sur la tête la mèche de cheveux de l’adolescent et le croissant lunaire, et tenant dans ses mains les sceptres royaux évoquant le double croisement2. On le représente aussi avec une tête de faucon.

Khonsou est le dieu enfant, c’est-à-dire Amon renouvelé dans la Nature, toujours accompagné du disque lunaire qui, par ses phases et ses symboles, évoque le renouvellement et le rajeunissement. Il est : « L’aîné d’Amon, adolescent radieux, renouvellement et rajeunissement du Soleil, enfant le matin et vieillard le soir ».

Ses appellations évoquent aussi la Lune : Celui qui erre, le Voyageur. L’image de Khonsou fait référence au rôle d’Horus d’Abydos. Ainsi sa représentation figure son double caractère (couchant ou renaissant) :

Tableau 2
Thèbes Abydos
Soleil couchant (évoque la Douat) Khonsou sous forme de momie cgrysalide Horus Haroëris, frère d’Osiris Soleil couchant éclairant les régions de la Douat
Soleil Khonsou sous forme d’un enfant/adolescent ou avec tête de faucon Horus Harpocrate ou Horus enfant Soleil levant, rajeuni et renaissant

On comprend mieux en quoi il révèle Amon : Khonsou est la manifestation d’Amon dans le monde terrestre concret (double croisement des sceptre). Khonsou traduit aussi tous les cycles de la Lune, selon qu’il soit jeune enfant (début de cycle) ou momie (fin de cycle). A l’origine dieu guerrier et agressif, luttant avec Pharaon contre les forces des ténèbres, il devient rapidement, par son rôle thébain, un dieu conseiller et exorciste, puis guérisseur, associé à la vision. Dans ce rôle de guérisseur (qui apparaît tardivement), Khonsou va guérir les mortels (avec tête de faucon), tout en séjournant dans la Douat auprès des âmes (sous forme de momie)3.

La théogonie des cycles célestes

Le tableau 1 ci-dessus évoquait les périodes précessionniques4 : la pensée thébaine intègre les évolutions scientifiques, et les traduit dans le mythe. Toute étude des Neter sera vaine sans prendre en compte le rapport qui relie les différents éléments de ces récits cosmologiques. Nous allons ici résumer brièvement les différents liens entre ces embranchements, que chacun pourra développer plus en avant s’il le souhaite.

La théogonie des cycles célestes est en liaison avec les caractéristiques résultant de la révolution continuelle du ciel. Ces mouvements d’astres se rapportent essentiellement au Soleil, à la Lune et au cercle des bakou, révélant quatre cycles :

  • le cycle du jour
  • le cycle du mois
  • le cycle de l’année
  • le cycle de coïncidence Lune-Soleil
  • un cycle à part : le Grand Cycle (année précessionnique).

Ces cycles divers sont les circuits vivants par lesquels les Neter se manifestent : ils motivent les diverses théogonies et permettent de comprendre la structure complexe de la théologie. Ainsi :

Tableau 3
Cycle Justifie, montre ou révèle
Cycle journalier - les trois noms de Râ (Khepri, Râ, Toum)
  • le voyage de Râ dans le ventre et sur le dos de Nout
  • les entités de la Douat visitées par le Soleil dans son trajet nocturne
  • les secrets des Qerert5 (Cavernes) dont chaque Neter endormi s’éveille au passage de Râ et se rendort jusqu’à sa prochaine visite
Cycle mensuel - la triade Ptah-Sekhmet-Nefertoum
  • la nature luni-solaire de Khepri (scarabée) et ses symboles
  • l’œil oudjat de Nekhbet et le sens d’Hathor aux Quatre Faces
Cycle annuel - le défilé des bakou
  • le drame d’Osiris dont il est la mesure et la clef, ainsi que ses kheprou symbolisées par le ternaire Ptah-Sokar-Osiris

Le Grand Cycle ou précession des équinoxes est une des clefs de la pensée égyptienne : les 12 constellations sont situées dans le double ciel des ater (Nord et Sud), formant 12 secteurs correspondant au 12 mois de l’année6. Pour l’Egypte, les 12 constellations sont les lieux du ciel, chacun colorant tout de son influence le temps que le Soleil y réside (2160 ans). Ces 12 constellations dessinent le Grand Fleuve, chaque région étant nommée selon le caractère animique effectivement attribué au mois et qui leur correspond.

Ce Grand cycle s’effectue en sens inverse du cycle annuel de la terre, notre planète étant sous l’influence d’un de ces signes pendant environ 2160 ans. Ce temps se divise en trois phases, comme le mois égyptien est divisé en trois terou : le début et la fin de chaque temps ne sont pas clairement délimités et subissent l’influence de la phase directement précédente ou suivante.

Pour chacun de ces 12 Temps, le Principe animateur a reçu un nom correspondant à son signe :

Taureau

Le règne de Ména se situe dans le signe du taureau- Ka, dont les traits essentiels sont : masse et stabilité (men), puissance de combat par la nuque et les cornes, puissance fécondatrice (khem) qui émet sa semence sans mouvement.
  • La première symbolisation de cette Puissance khem et menou se traduit par l’aspect Feu redoutable, foudre7.
  • Puis c’est le principe feu fécondant, symbolisé par le taureau réalisateur symbole de Ptah.
  • C’est aussi le Neter Min au phallus puissant
  • C’est enfin Montou qui a double caractère : feu horien (faucon) et feu terrestre fécond (taureau).

Bélier

Le changement de signe (suite à la précession des équinoxes) amène l’ère du Bélier : Amon apparaît en remplacement de Montou, alors que dans le même temps, Osiris devient occidental. Vers la XX° dynastie, le Bélier est à son apogée, et ses images sont partout en Egypte. Le déclin d’Amon occidental a commencé, alors que se prépare la gestation du Soleil amonien. Le grand Neter est alors Amon-Râ (Nouvel Empire).

Ainsi, comme on peut le constater, dans ce grand cycle, un signe suit l’autre, imposant son symbole aux hommes de la terre :

  • durant la période pré-dynastique, les chemsou hor (Compagnons d’Horus) font référence aux Gémeaux (lieu de résidence précessionnique du Soleil)
  • durant la Période tardive et la Basse Epoque, l’ère précessionique suivante est annoncée, le Soleil devant entrer dans les Poissons.

Les diverses théogonies sont expliquées par l’un ou l’autre de ces cycles, dont les uns dépendent des autres, les plus petits étant inclus dans les plus grands. Amon est un principe considéré comme lié Bélier, dans lequel le soleil va se déplacer pendant environ 2160 ans. Le mythe explique et révèle le Grand Cycle, et inversement. La pensée thébaine englobe toutes les sciences de son époque : l’Egypte vit dans et avec son environnement, et tout vise à reproduire symboliquement l’harmonie céleste sur terre. On comprend mieux le rapport entre les temps précessionniques et les différentes formes d’Amon (Kametef, Irta, Amon-Amaunet)8. L’étude de l’évolution du Neter Amon, sur le plan historique, va nous permettre de mieux comprendre comment tous ces éléments s’organisent à travers les différentes périodes.


Notes :

[1] Principes philosophie égyptienne

[2] Cf La pensée égyptienne : principes et définitions sur loi de croisement

[3] on retrouve, dans cette version tardive, les notions de rajeunissement et de renouvellement liées à Khonsou fils d’Amon

[4] Cf Astronomie

[5] ou Qerti

[6] ces 12 constellations sont celles de la bande zodiacale : nous ne parlons pas ici d’astrologie

[7] Cf Min dont le symbole est la foudre

[8] trois phases, comme les trois terou de la période précédente, qui vu de Thèbes, « annonce » l’émergence du Bélier Amon

Informations sur cet article
  • Auteur(s) : her bak
  • Publication : 31 mars 2008
  • Mise à jour : 31 mars 2008
  • Profil(s) : Egyptoexpert

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