Atoum-Râ surgit du Noun indifférencié : il est le principe métaphysique de la Lumière ou du Feu : par le seul fait de paraître, il agit. Atoum-Râ est le Neter de la double puissance (séparer/unir, faire paraître/anéantir), symbolisée par la masturbation.
Au milieu des eaux chaotiques et sombres du Noun, Amon-Râ ne peut être que principe de Lumière1. Par le seul fait de paraître, il « dévoile sa face » et alors sont : herou, lumière du jour et rouha, obscurcissement de cette lumière.
En effet, dans la pensée égyptienne, à partir du moment où la lumière luit, elle révèle ce qui était caché par les ténèbres, mais les ombres qui se dessinent ne sont pas les ténèbres originelles de Noun. Ce concept est important. Imaginons une pièce meublée plongée dans le noir : on ne perçoit rien, c’est le Noun originel. Si on éclair la pièce depuis le centre avec une faible lumière, des contours d’objets vont plus ou moins apparaître, et plus on augmentera la lumière, plus les objets seront visibles, produisant leur propre ombre : cette apparition progressive des objets ou potentiel génétique contenu dans le Noun originel, est symbolisée par le dialogue entre Noun et le démiurge, par lequel Atoum lui raconte ce qu’il voit autour de lui (donc révèle au Noun ce qu’il est).
Immédiatement, Noun originel devient Nou Eau originelle, et Nou émerge du Noun comme Atoum-Râ (2)
A partir de là tout va s’accélerer, les évènement s’enchaînant les uns aux autres.
Atoum-Râ, Neter androgyne, crée en lui-même et pour lui-même en se masturbant... Par le fait même de ce mouvement, naît le Temps, qui est un pas de plus vers la cristallisation de la matière.
Atoum-Râ crache Shou et vomit Tefnout (expectoration en analogie avec l’éjaculation). Il ne faut pas comprendre ce couple Shou-Tefnout comme une dualité : lorsqu’ils sont émis par Atoum-Râ, Shou-Tefnout forment une Unité, un état neutre, qui révèle l’Unité originelle. L’un ne peut être sans l’autre, et l’un manifeste l’autre. Shou-Tefnout se dualisent (nous sommes encore dans l’androgynat) en Shou et Tefnout, qualité du Sec et de l’Humide, qui produisent Geb et Nout. L’ordre originel de production (Âge d’Or d’Atoum) est rompu, et un nouvel ordre, basé sur le quaternaire, (Shou/Tefnout, Geb/Nout), se met en place.
Généalogiquement, on peut dire que Shou et Tefnout mettent au monde l’Unité Geb-Nout. Dès leur apparition, en effet, Geb et Nout restent collés ensembles, empêchant l’air de circuler. Atoum-Râ les nomme (action métaphysique, ou Idéelle), Chou les sépare en son nom de reh (principe séparateur/dualisateur).
Généalogie de la Grande Ennéade. (ce schéma est à rapprocher de la "Hiérarchie des Neter" ou généalogie des Qualités.
Une fois séparée de Geb par Shou, Nout est enceinte de 5 enfants. C’est la première reproduction sexuée, l’Unité Geb-Nout constituant encore un stade d’androgynat3. Nous entrons dans le monde tangible de la Nature.
Furieux de voir ainsi l’ordre bouleversé, Atoum-Râ refuse que ces 5 enfants naissent pendant son cycle. Grâce à l’entremise de Thot, qui gagne un jeu avec la Lune, et gagne cinq jours sur le Soleil, les jours Epagoménes, Nout peut accoucher de : Andjet (Osiris), Aset (Isis), Soutekh (Seth), Nebhet (Nephtys), Horus l’Ancien (ou Haroeris). Atoum-Râ , pendant ces cinq jours devient aveugle et l’œil de Râ émet des larmes, qui, en tombant sur le sol, donneront naissance aux êtres humains.
Ce dernier point marque non seulement le monde matériel, mais l’entrée dans le monde de l’homme, marqué par le chiffre cinq. On remarquera également l’ordre de naissance des enfants de Nout : nous retrouvons l’ordre naturel précédent (quatre opposés deux à deux Osiris/Isis, Seth/Nephtys), et un élément supplémentaire, Horus, qui marque la dimension humaine : Osiris ouvrira le monde de l’au-delà et la voie d’Occident, la voie Osirienne ; Horus signale la voie Horienne de l’homme devenu conscient du Tout, revenu à la source de l’unité originelle.
[1] qui est l’opposé de ténébreux comme le Feu est l’opposé de l’Eau cf. principes philosophie – Harmonie. Ici le milieu où émerge Atoum-Râ est comme un îlot de lumière dans le noir du Noun
[2] dualité et loi de croisement : Atoum ne peut prendre conscience de lui-même que s’il rencontre une résistance : Nou se développe simultanément à Atoum-Râ, à l’image de l’ombre de la lumière de la torche qui se développe dans la pièce : cette ombre est l’ombre de cette lumière, et non plus l’Ombre originelle.
[3] la différence sexuelle existe, mais ils restent collés l’un à l’autre formant un tout androgyne
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