Kent Weeks à propos du KV5
« KV5 pose toujours plus de questions qu’il ne donne de réponses »
Fouilles. L’égyptologue américain Kent Weeks évoque l’état actuel de la rive ouest de Thèbes et spécialement la célèbre tombe des enfants de Ramsès II, où il opère depuis près de 10 ans. Entretien.
Al-Ahram Hebdo : Après 10 ans de travail dans KV5, quel est votre sentiment aujourd’hui ? Etes-vous enthousiaste ou plutôt découragé ?
Kent Weeks : J’espérais avoir plus de réponses à mes questions. A chaque fois qu’on creuse dans KV5 ou qu’on enregistre ou fait des études, on en sort avec plus de questions mais on n’arrive jamais à avoir des réponses. Les chambres, par exemple, on ne connaît toujours pas leurs fonctions parce qu’on n’a pas suffisamment de textes ni d’inscriptions sur les murs pour nous guider et nous signaler si telle chambre était funéraire ou une chambre d’entrepôt de nourriture ou autre chose. Même après 10 ans de travail, KV5 est encore une tombe très frustrante à fouiller. Parce qu’elle est unique et gigantesque, on n’est pas en position de pouvoir répondre à beaucoup de questions même dans les quelques années qui viennent. On ne pourra répondre qu’après avoir connu l’extension exacte de la tombe, c’est-à-dire que l’on doit continuer à creuser. On a découvert près de 130 chambres dans KV5, alors que j’estime que le nombre de chambres dans cette tombe peut atteindre 200.
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- Les fouilles ont-elles permis de découvrir d’autres fils de Ramsès II qui auraient pu être inhumés dans cette tombe ?
- Au début, on ne savait même pas à qui appartenait cette tombe. On n’avait trouvé que le nom d’un des fils de Ramsès II, aujourd’hui on en a six. On connaît le nom de 49 fils de Ramsès, mais on est sûr que six d’entre eux ont été enterrés dans KV5, mais on ne sait pas où exactement. On a ces informations parce que Ramsès a laissé une liste comprenant les noms de ses enfants ; cette liste paraît dans 10 temples différents dans le pays, une à Wadi Al-Soboue, une à Louqsor, l’autre au Ramesseum et à Abydos. Les noms sont donc connus depuis longtemps et sont classés par ordre d’âge du plus grand au plus petit. C’est pour cela que la première liste était plus ou moins courte ; il n’y avait que 15 noms inscrits alors que 5 ans plus tard, il a rédigé une autre liste comprenant 18 noms, ce qui explique qu’il avait eu 3 enfants de plus pendant cette période. La liste s’allongeait tant que la famille grandissait.
- Certains spécialistes avancent que l’architecture de cette tombe est comparable à celle de la célèbre Néfertari ...
- Il y a quelques années, j’ai montré KV5 à un de mes collègues spécialiste dans l’étude de l’art ancien. Il a affirmé que la décoration de KV5 est très similaire à ce qu’on voit dans la tombe de Néfertari. Pour ce, on pense que ce sont les mêmes personnes qui ont décoré les deux tombes. Aujourd’hui, on a plus de confirmation à ce sujet, dont la présence du nom d’un scribe de Ramsès II : Qenhirkahepeshef. C’est très impressionnant, mais en même temps très déprimant pour moi parce que cela signifie que KV5 était à l’origine aussi magnifiquement décorée que la tombe de la reine Néfertari, et qu’elle lui ressemblait. C’est très intéressant d’imaginer comment pouvait être à l’origine la tombe de KV5. Néfertari est la plus belle tombe qu’on puisse voir, de plus elle est très bien préservée.
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- Comment jugez-vous la situation de Thèbes ouest ?
- On travaille sur la rive ouest pour développer et gérer le site. Plusieurs monuments ont besoin d’une intervention urgente. La Vallée des rois souffre d’inondations occasionnelles et du très grand nombre de touristes. Nous voulons protéger les tombes des touristes et en même temps être sûrs qu’ils sont satisfaits. Il est inadmissible d’avoir deux millions de personnes qui au retour de leur visite disent que la Vallée des rois est laide. Le tourisme est très important pour l’économie, mais il faut aussi savoir que dans d’autres lieux de la rive ouest, nous avons également des problèmes. Seuls les grands temples sont connus : Deir Al-Bahari, le Ramesseum, Madinet Habou. Mais d’autres sont ignorés et souffrent de mauvaises conditions. Ils sont adjacents aux champs de canne à sucre. L’irrigation endommage les fondations des temples, ce qui cause parfois l’écroulement des murs. Nous travaillons avec les spécialistes pour modifier le niveau de l’eau souterraine, recourir à un relevé géophysique et localiser les bâtiments afin de pouvoir les protéger. Nous voulons rendre disponible aux visiteurs un plus grand nombre de temples, afin de réduire la pression sur d’autres monuments. C’est une façon aussi de réduire le vandalisme, puisque ces endroits seront gardés.
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Informations sur cet article
- Auteur(s) : Thomas
- Publication : 21 septembre 2005
- Mise à jour : 21 septembre 2005
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