Evolution internationale

Cet article est un résumé synthétique présentant l’Egypte dans l’évolution internationale. Il est lié à un ensemble cartographique illustrant les evolutions évoquées

Néolithique agricole

Le Néolithique agricole diffuse depuis le Moyen Orient :

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Carte 1 - Diffusion de l’agriculture dans le monde

On ignore le centre exact de diffusion (probablement l’actuel golfe Persique), mais on a pu dresser un modèle de base des conditions nécessaires à l’adoption et à la diffusion de l’agriculture :

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Modèle de base de diffusion agricole
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Paradigmes de Zvélébil

Dans la zone de contact avec les colons agriculteurs, les chasseurs-ceuilleurs adoptent progressivement le mode de vie agricole

Modèle de dispersion de l’agriculture (Zvélébil)

1ère phase : disponibilité

Les populations de chasseurs-cueilleurs connaissent l’affermage, ce qui entraine des échanges d’informations (par le commerce et l’échange de matériel).

L’affermage n’est pas encore adopté.

Des bribes de frontières se fixent entre indigènes paléolithiques et cultivateurs.

Adoption d’éléments appartenant au style de vie des populations agricoles : la frontière progresse

2ème phase : substitution

  • De type externe (colons)
    • Les fermiers ayant pénétré dans le territoire des chasseurs-cueilleurs, il y a concurrence pour la possession des ressources avec populations indigènes (possession des terres et/ou des matières premières, de l’espace ; accès à l’information ; statuts sociaux
    • Tensions sociales et économiques internes menant au déclin des chasseurs cueilleurs
  • De type interne (adoption)
    • Les chasseurs-cueilleurs assimilent les divers éléments des techniques de l’affermage à leur propre gamme de techniques (soit en réponse à la concurrence pour les ressources, soit parce que l’agriculture représente une certaine attraction).

Les chasseurs-cueilleurs sont de plus en plus en concurrence avec les agriculteurs

3ème phase : consolidation (étape finale de transition et d’union)

  • Les modes de vie économiques deviennent néolithiques
  • L’ancienne frontière fait maintenant partie de "l’hinterland"
  • Prolongation du territoire cultivé en terres primaires et terres secondaires
  • Le mode de vie chasseur-cueilleur ne permet plus de survivre

Disparition des conditions transitoires entrainant l’adoption de l’agriculture

Nota Bene : La progression se fait par à-coups : les techniques Néolithiques diffusent d’abord par l’arrivée (brutale) de groupes de colons face aux populations peu denses de chasseurs-cueilleurs. Ensuite il y a diffusion progressive, dans la zone de contact, par adoption du mode de vie agricole au lieu de celui de chasse-pêche-cueillette (devenu plus aléatoire avec les modifications climatiques). Parallèlement, les chasseurs-cueilleurs adoptent les termes du langage agricole des colons (noms d’outils, de plante, etc). Devenus à leur tour agriculteurs/éleveurs, la frontière entre agriculteurs/chasseurs-ceuilleurs se déplace : c’est ce qu’on appelle la diffusion par adoption (ou principes de Zvélébil). A titre d’exemple, l’avancée des Pré-Proto-Indo-Europénes dans les Balkans, puis la diffusion de l’agriculture sur toute l’Europe balkanique, loin d’être la terrible chevauchée qu’on croyait, s’est faite à une vitesse moyenne d’1 km/an.

C’est le même scénario qui se déroule en Egypte : arrivée de colons dans le Delta et diffusion progressive + unification culturelle (ci-dessous, le rôle du fleuve).

Relations internationales et commerce

Les 1ères cités-Etats néolithiques sont de type du Ghassulien (Palestine) : l’Etat est constitué d’une cité (un gros bourg) et des plaines environnantes. Il y a une certaine aisance, mais pas à proprement parler de grande richesse. Dès les origines, il y a contacts avec les cités alentours. Il y a multiplication de micro-Etats le long des grands bassins fluviaux (idéaux pour des agriculteurs) : Nil, Mésopotamie (Sumer), Indus, Bactriane, Fars, partie Sud de l’Arabie. L’accroissement de la population (alimentation régulière, meilleure conditions de vie,..) amène les Etats à développer de nouvelles terres cultivables en réalisant des travaux d’irrigation inter-Etat, développant ainsi des relations d’assistance (groupes d’Etats, puis royaumes confédérés) et commerciales afin d’assurer un approvisionnement régulier.

Le fleuve est un lien unificateur : en Egypte, les cultures coexistantes du Néolithique fusionnent. Dès l’époque Nagada II l’outillage est identique en Haute et Basse Egypte. Des travaux d’irrigation développent de nouvelles terres. Le commerce est très actif sur le fleuve. Une langue commune cristallise. On trouve un procédé d’unification culturelle semblable à Sumer, en Bactriane, à Marib (Royaumes Mynien d’Arabie) ou dans les Civilisations de l’Indus qui développent également d’immenses travaux d’irrigation. L’unification se fait d’abord culturellement, ensuite militairement (en Egypte, unification de plusieurs royaumes en un seul ; à Sumer, un royaume prend l’hégémonie sur les autres).

L’émergence de la métallurgie va intensifier les échanges commerciaux et l’enrichissement des Etats de Palestine-Syrie du Nord-Anatolie : la sédentarisation liée au mode de vie agricole rend obligatoire l’approvisionnement en matériaux nécessaires au développement. Le développement de la métallurgie, oblige les Etats urbains-agricoles à se rendre maîtres de leurs approvisionnements en métaux.

La carte des routes commerciales parle d’elle-même :

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Carte 2 - Routes commerciales

les routes relient les grands centres agricoles/urbains aux lieux d’approvisionnements. Quelques exemples :

L’Egypte manque essentiellement de minerais et de bois de construction.

  • Bersheba en Palestine est florissante grâce à ses gisements de cuivre
  • La Phénicie fournit les cèdres du Liban (bois solide de bien meilleure qualité que le dattier) et les minerais d’Anatolie.
  • La Nubie est riche en gisements aurifères et ouvre les routes africaines

Sumer manque de pierre et bois de construction et de minerais :

  • les pierres viennent d’Egypte, d’Anatolie ou d’Iran
  • le bois de construction vient d’Anatolie, d’Iran ou de Phénicie
  • les minerais viennent d’Egypte et Arabie, d’Anatolie et d’Iran.
  • les produits africains arrivent des royaumes d’Arabie via la colonie Sumérienne de Dilmun (Bahrein)

La Bactriane fait le commerce du précieux lapis-lazuli

La nécessité d’assurer des approvisionnements réguliers, seuls gages d’un développement durable, amènera les luttes hégémoniques qui marquent autant la période d’unification prédynastique que les relations internationales ultérieures entre grand empires. Les routes commerciales sont peu sûres. En Palestine et Syrie du Nord, les nomades sémites qui errent entre les territoires des cités-Etats, rançonnent les caravanes. Les Etats traversés perçoivent des taxes sur le trafic commercial, en échange de la protection des caravanes. La nécessité d’assurer les approvisionnements amène nécessairement une phase d’expansion :

  • de l’Egypte vers la Nubie et vers la Palestine-Phénicie
  • de Sumer vers l’Anatolie, la Syrie-Phénicie, l’Iran (en concurrence avec l’Assyrie)

La conquête consiste en une démonstration armée, les roitelets se soumettant au paiement d’un tribut. En général, les dynastes locaux sont laissés en place, sinon, ils sont remplacés par une autre famille plus coopérante. Un gouverneur est installé dans les Etats stratégiques pour assurer le monopole de l’Empire sur la région dont il a la charge (gouverneurs égyptiens (Byblos, ..), kâhun assyriens, …). Le pays vassal, assurant un approvisionnement au moindre coût à la puissance suzeraine, poursuit librement ses activités de commerce avec les autres Etats, ces dernières étant simplement surtaxées (pour le tribut) et donc plus onéreuses.

Il ne s’agit pas de conquête territoriale à proprement parler, l’occupation n’étant pas permanente. Même bien plus tard, l’empire Perse, qui nomme des Satrapes et met en place son administration impériale et ses garnisons d’occupation, laisse en place les droits, cultes et institutions locales. En Egypte, par exemple : des dynastes locaux tributaires du Grand Roi règnent sur le Delta ; Darius 1er ordonne la compilation de tous les textes de droit égyptiens (droit foncier, etc), cette compilation servant de référence pour tout jugement ; les institutions locales restent les mêmes, mais sont soumises au Satrape ou à un gouverneur de province (medinah) qui fait office de recours judiciaire lorsqu’on est mécontent d’un jugement de tribunal égyptien (service payant par un « don » quelque soit la décision) ; etc

L’armée prend un rôle de plus en plus important, et devient un auxiliaire des relations commerciales :

  • des sites de chasse à l’éléphant en Palestine et Syrie du Nord rappellent que Pharaon y opérait des tournées d’inspection (qui sont pour les roitelets l’occasion de renouveler leurs promesses de soumission et de fidélité).
  • l’Assyrie développe très vite un système de perception d’impôts (tributs) par des campagnes militaires annuelles qui enrichissent l’Empire.
  • Avec l’arrivée de nouvelles populations et l’émergence de concurrents (Assyrie, Mitanni, Hittites, Scythes, Mèdes) la Mésopotamie aura de plus en plus de difficultés à assurer sa domination sur les routes d’Iran et d’Anatolie. Les empires entrent en concurrence pour la maîtrise de régions stratégiques comme :
  • la Phénicie et la Palestine disputée entre l’Egypte et les autres empires tout au long de son histoire (Sumer, Assyrie, Hittites, Mitanni)
  • l’accès à l’Anatolie disputé entre l’Assyrie et la Babylonie
  • le Zagros (approvisionnement vers l’Iran) entre Assyrie et Babylonie

L’Egypte et le contexte international

La théorie de la décadence : une propagande qui a la vie dure !

Notre vision de l’histoire est conditionnée par les écrits des auteurs classiques. Il est amusant de voir à quel point la théorie de la décadence conditionne notre manière de percevoir l’histoire ancienne : c’est oublier que cette théorie n’est inventée par les Grecs des V° et IV° siècles (Hérodote, Xénophon, Ctésias, Démosthène, …), que dans l’optique d’une virulente propagande anti-Perses (le Perse étant forcément décadent…).

Les fins d’Empires Egyptiens ne sont pas des phases de décadence à proprement parler : le pouvoir royal s’affaiblit simplement au profit des nomarques. Ceux-ci se louent pour les travaux qu’ils accomplissent eux-mêmes (irrigation, réfection de temples,…), rôle précédemment dévolu au Pharaon. Mais il n’y a pas décadence au sens entendu généralement.

Les Périodes Intermédiaires ne sont pas des phases de décadence : il y a anarchie au sens ou le pays est divisé en plusieurs Etats (les nomarques ont pris les titulatures royales), mais ce n’est pas pour autant qu’il y a recul technologique ou culturel. Les guerres hégémoniques qui suivent entre royaumes appauvrissent le pays, mais à chaque réunification, l’Egypte n’a rien perdu de ses connaissances.

Il en est de même de la Période Tardive (672-31) aussi appelée Basse Epoque (le terme même de Basse Epoque conditionne l’idée de décadence) :

  • la période Saïte est une période prestigieuse de l’histoire de l’Egypte
  • l’occupation Perse n’endigue en rien le rayonnement culturel de l’Egypte
  • l’Egypte Ptolémaïque est très loin d’être décadente Sur toute ces périodes, comme de tous temps, les médecins, artisans, astronomes égyptiens sont très demandés dans les cours des Empires Internationaux (Assyrie, Babylonie de Nabonide, Mèdie, Perse, Inde, Parthie,…).

Il faut se méfier de toute interprétation de l’histoire antique vue simplement sous le prisme de la théorie de la décadence (comme c’était le cas en Europe Occidentale jusqu’au dernier tiers du XX°siècle).

« Phases » de l’histoire égyptienne

L’histoire en Egypte suit des phases cycliques étroitement liées au contexte international, oscillant entre période d’unification (« Empire ») et période de divisions (« Périodes Intermédiaires »).

1ère étape - Unification : « Empire »

Déroulement Evenements déclencheurs

Un royaume prends l’hégémonie sur les autres

Bois de construction et minerais sont necessaires pour assurer l’accroissement des ressources, augmenter le prestige du pouvoir central (donc asseoir l’autorité de Pharaon) ou répondre à la demande des populations toujours croissantes (irrigation, construction de canaux, construction de temples/monuments, etc.)

Ancien Empire : Abydos ? Hiérakonpolis ? (Narmer/Menes : -2900)

Moyen Empire : Thèbes (Montouhotep : -1986)

Nouvel Empire : Thèbes (Ahmosis : -1518)

L’Egypte conquiert l’or de la Nubie. L’or permet de financer les armées (très souvent la conquête va de pair avec la fin d’une phase d’unification) nécessaire à assurer la reconquête du pays et à reprendre le contrôle des axes commerciaux (Phénicie)

Ancien Empire : Campagne de Aha jusqu’à la deuxième cataracte

Moyen Empire : Annexion de Ouaouat (-1993 : Montouhotep II)

Nouvel Empire : Conquête de Ouaouat par Kamosis (-1541 - -1539) dernier roi de la XVII° dynastie, avant Ahmosis

L’Egypte conquiert la Palestine-Syrie du Nord (Phénicie), s’assurant cèdre du Liban et contrôle d’axes commerciaux internationaux et stratégiques
L’empire dispose alors de tous les moyens necessaires à son developpement et à sa grandeur (statues colossales, pyramides...)

Ancien Empire : Présence attestée dès la première dynastie (Byblos avec stèles, mobilier funéraire, etc.)

Moyen Empire : Une seule campagne attestée sous Sésostris III (1836-1817), mais hégémonie retrouvée dès Montouhotep II

Nouvel Empire : Reprise de Byblos par Thoutmosis 1er (1949-1481), 2ème successeur d’Ahmosis

3ème étape - Divisions : « Périodes Intermédiaires »

Déroulement Evenements déclencheurs
En général suite aux invasions provoquées par des modifications climatiques (et/ou à l’expansion d’autres empires) et suite à la luttre pour conserver ses positions, la mainmise sur la Palestine-Syrie du Nord devient plus chaotique, perturbant les approvisionnements. Progressivement, les dynastes locaux entrent en rébellion en Palestine

Ancien Empire : Perte de la Phénicie face à Sumer, puis bouleversment suite aux invasions Luwi

Moyen Empire : Perte de contrôle sur la Syrie du Nord (Hittites, Mitanni)

Nouvel Empire : Perte de contrôle de la Palestine et Syrie du Nord, totalement dévastées par les invasions des Peuples de la Mer et les invasions araméennes

La lutte contre les rebelles, la récession économique qui découle d’approvisionnements devenus irréguliers, amènent une usure progressive du pouvoir central au profit de nomarques locaux (souvent personnages importants par le nome qu’ils gèrent. Les moyens économiques diminuant, les nomarques se desinterressent progressivement des projets de travaux (pyramides etc.) d’un pouvoir centrail qui s’use à maintenir ses approvisionnements ou à lutter contre des flux migratoires

Ancien Empire : La responsabilité du gouvernement et du bien-être de la population passe graduellement du Palais aux provinces : les nomarques prennent de l’importance : l’Etat n’est plus un Etat fort (au sens de centralisé) + long règne de Pepi II (2246-2152)

Moyen Empire : Annexion de Ouaouat (-1993 : Montouhotep II)

Nouvel Empire : Conquête de Ouaouat par Kamosis (-1541 - -1539) dernier roi de la XVII° dynastie, avant Ahmosis

Profitant de ces faiblesses du pouvoir central, la Nubie entre en guérilla contre la présence égyptienne, et se détache progressivement de l’Egypte

C’est l’accélérateur de la décomposition du pouvoir royal

Privé de l’or nubien, le pouvoir de Pharaon ne devient très vite que symbolique, jusqu’à ce qu’un premier nomarque prenne la titulature royale, bientôt suivi par d’autres : l’Egypte est alors morcelée en différents royaumes

Ancien Empire : Arrivée de populations du Groupe C (2600-2400) entraînant l’évacuation de Bouhen par les colons égyptiens

Moyen Empire : Pendant la XIII° dynastie, des confédérations tribales emergent en Nubie occupée. Les confédérations tribales se libèrent du joug égyptien (Bouhen est brûlée). Emergence du Royaume de Kerma

Nouvel Empire : Sous le règne de Ramses XI (1099-1069), le vice-roi de Nubie se rebelle et la Nubie devient indépendante : guerres de Panéhésy

Entre ces deux phases, la cause des désordres vient des modifications climatiques, qui provoquent des migrations bousculant l’ordre établi en Syrie-Palestine :

  • invasions de 2400-2200 avec fin de l’Ancien Empire en 2152
  • invasions de 1900-1700 avec fin du Moyen Empire en 1759
  • invasions de 1200-1100 avec fin du Nouvel Empire en 1087

2ème étape - Modifications climatiques : « Invasions »

Déroulement Evenements déclencheurs
Suite à une modification du climat (oscillations marines), des flux migratoires se fond venant d’Indo-Européens ou Proto-Indo-Européens au Nord du Moyen Orient, et venant de populations sémites depuis le Sud

Ancien Empire : La régression des Bahamas provoque la migration des peuples des steppes (Ukraine méridionale)

Moyen Empire : Même cause (mouvements des peuples des steppes) et invasions sémites

Nouvel Empire : Régression Krane Key provoque la migration de la Lusace et pontique, puis invasions sémite

Ces flux migratoires bouleversent l’ordre établi en Anatolie-Syrie du Nord-Palestine-Zagros (selon la période) et de nouvelles populations s’installent

Les relations commerciales sont fortement perturbées, très souvent totalement interromppue, les cités étant souvent détruites par le feu. Elles sont reconstruites, puis lentement la situation se stabilise et le commerce reprend jusqu’à la prochaine vague invasive

Ancien Empire : Invasions Luwi et Gutti poussées par les peuples des steppes et expansion de Sumer Akkad en Phénicie (Sargon 2370-2314)

Moyen Empire : Invasions Indo-Européennes (Hittites) et Proto-Indo-Européennes (Hourrites du Mitanni) poussées par les peuples des steppes
Invasions sémites Amorites

Nouvel Empire : Invasions des Peuples de la Mer (Indo-Européens poussés par Lusace) et invasions sémites araméennes

Il s’agit de mouvements et non de phases parfaitement identiques : chaque cycle est teinté du nouveau contexte international qui suit l’invasion précédente et des évolutions culturelles qui y sont liées (évolutions métallurgiques, introduction du cheval, etc).

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le contexte international après les migrations de 2200-1800

(Carte 4 : le contexte après les invasions de 1300-1100)

L’Egypte dans le concert international

Tout au long de son histoire, l’Egypte ne cherche pas à étendre sa domination au-delà de la Nubie ou de la Syrie du Nord, c’est-à-dire au-delà de son approvisionnement en or ou en bois de construction :

  • L’Egypte domine traditionnellement :
    • au Nord, « les rois des Pays » de Retjenou (Palestine), Api (Beqaa et région de Damas) et Shouwet (Jordanie et Sud mer Morte)
    • au Sud, la Nubie septentrionale ou pays de Ouaouat (1ère à 2ème cataracte), puis des expéditions minières dans les pays alentours : Ikouyta (Ouadi Allaqi), Ibhet (Ouadi Gabgaba) et Karoy (Nord de Kourgous)
    • à l’Est, les grandes oasis (Kharga, Dakhla, Farafra, Bahariya)
  • L’Egypte est traditionnellement en relation commerciale avec :
    • au Nord : Crète et Sesklo/Vinça, Arzawa et Hatti (Anatolie), Alashiya (Chypre) puis Sumer-Akkad (à partir 2400) et l’Assyrie (à partir 2250)
    • au Sud : Koush (Nubie méridionale), Irèm et Nmay (Soudan méridional) Pount (Somalie ?), royaumes d’Arabie
    • à l’Est : les tribus libyennes de Tjéhénou (près de la côte) et du Tjemeh (désert Libyen)

La politique des Pharaons vise simplement à se maintenir sur cette zone traditionnelle, la stratégie internationale de la Période Tardive continuant celle du Nouvel Empire. Cette politique n’est pas le propre de l’Egypte : tous les Etats du Moyen Orient font de même. Il n’y a conflit que lorsqu’il y a concurrence pour un même approvisionnement, mais à l’origine aucune puissance ne cherche à s’étendre au-delà des ressources qui lui sont nécessaires.

Situations comparées

Ancien Empire

Situation Internationale

Le commerce est le monopole du roi. Les dynastes locaux paient tributs à Pharaon, lors de présentations de voeux de soumission (anuelle, ou à chaque début de règne). Bien qu’il y ai des relations de commerce et de voisinage (tributaires ou Sumer), il n’y a pas de mariage dynastiques, comme ce sera l’habitude lors du Moyen et Nouvel Empire. L’Egypte est pendant longtemps la seule puissance dominante, les empires mésopotamiens ne devenant voisins que vers 2400 (Sumer-Akkad) et 2300 (Assyrie)

Syrie-Palestine

La domination est peu remise en cause : il n’y a pas encore de puissance concurrente qui puisse faire contreproids pour les dynastes locaux. La situation change radicalement avec l’entrée en scène en Syrie du Nord et Nord-Liban de Sumer-Akkad, dès 2400/2370 : dès lors les dynastes commencent à "négocier" leur soumission dans des jeux d’alliances avec telle ou telle puissance.

Nubie

La colonisation du pays de Ouaouat décime la population du Groupe A : la main d’oeuvre necessaire à l’agriculture égyptienne (esclaves, mineurs ou ouvrier agricole) alliés à la desertification vide le pays de ses habitants. L’arrivée des populations du Groupe C obligera les colons de Bouhen à se replier sur Elephantine (1ère cataracte) devant les raids du royaume de Koush (du Groupe C)

Moyen Empire

Situation Internationale

Les contrées dominées sont les mêmes, mais des mariages princiers viennent renforcer les alliances avec les dynastes tributaires puissants. Les rois des grandes cours impériales (Hittites, Mitanni, Assyrie, Babylonie, Royaumes d’Anatolie occidentale) sont considérés comme de même rang que Pharaon

L’Egypte sert de refuge aux populations qui fuient les catastrophes climatiques ou les invasions qui touchent la Palestine : des liens étroits relient les habitants du Delta oriental à la Palestine, et de nombreuses caravanes Palestiniennes sillonent le Delta. C’est une période d’intenses échanges commerciaux. Pharaon opère des tournées d’inspection sur tout l’Empire (sites de chasse royale à l’éléphant en Palestine, résidences de Pharaon...)

Avec la montée en puissance de Sumer-Akkad et de l’Assyrie, l’Akkadien devient la langue des échanges internationaux : c’est une langue sémite, parlée et comprise sur tout le Croissant Fertile (suite aux infiltrations sémites), qui restera jusque vers 1000. Les traités de paix sont conclus dans les langues des deux pays signataires (Hittite, Hourrite)

Syrie-Palestine

Profitant des divisions internes à la Mésopotamie, l’Egypte avance ses positions jusqu’à Baalbeck et Damas, contrôlant les dynastes Hourrites de Syrie du Nord, et par là, la route de Palmyre, route vitale pour la Mésopotamie.

L’Egypte emploie rarement la force pour affirmer son hégémonie sur la Palestine-Syrie du Nord : il n’est fait mention que d’une seule campagne, sous Sésostris III. Le fait qu’il y ait peu de campagnes militaires au Proche-Orient ne signifit pas qu’il n’y ait pas de rébellions : elles sont soit dissoutes par un simple rappel à l’ordre, soit écrasées par une coalitions de dynastes voisins fidèles, espérant tirer quelqu’avantage de l’aide apportée.

Nubie

La conquête de la Nubie est renforcée par la construction d’un réseau de forteresses allant bien au-delà de la 2ème cataracte sous Sesostris III : le cours du Nil est modifié pour ne laisser le passage qu’à un seul navire.

L’Egypte est maintenant voisin du puissant Empire d’Irèm (Soudan Oriental-Ethiopie occidentale), chacun considérant son voisin comme suffisamment dissuasif pour qu’aucun n’envisage d’attaquer l’autre.

Nouvel Empire

Situation Internationale

Les échanges se complexifient (c’est « l’ère internationale »). Des mariages princiers et royaux se font avec les puissants dynastes locaux, mais aussi avec les grandes cours (Hittite, Mitanni, Assyrie, Babylonie, Irèm). La correspondance entre les rois est abondante et s’accompagne de cadeaux (généralement de grande valeur), de lettres de doléances étant envoyées lorsque cette tradition n’était pas respectée (notamment lors du règne de Thoutmosis IV-Akhenaton) : l’abscence de cadeaux préfigure souvent un conflit ou une rebellion.

La stratégie internationale de l’Egypte suit le même schéma en deux temps, que les autres empires du Moyen Orient :

  • Lutte contre le concurrent voisin qui menace les approvisionnements (utte pour maintenir l’ordre international) : guerres incessantes contre le Mitanni.
  • Devant la montée en puissance d’un nouvel empire concurrent (et parfois, après en avoir favorisé l’emergence en sous main), alliance avec l’ancien enemi contre la nouvelle puissance (lutte pour maintenir l’ancien équilibre international) : devant la montée de la puissance Hittite, alliance avec le Mitanni contre les Hitites. Puis alliance avec les Hittites et Babylonie contre l’Assyrie montante.

Pour s’assurer la fidélité des dynastes locaux, une tradition apparait : les jeunes princes sont "invités" à la cours impériale pour y être éduqués aux traditions de l’Empire, servant d’otages en même temps. L’araméen devient la langue internationale des échanges internationaux comme des traités de paix.

Syrie-Palestine

Suite aux invasions araméenes, les dynastes locaux tentent de tirer leur propre avantage en jouant d’alliances changeantes entre l’Egypte et Hittites, Mitanni, Assyrie, Babylonie, selon la puissance du moment. Il y a donc de nombreuses rebellions qui sont mâtées soit par coalition, soit par campagne militaire ; chaque puissance fomentant des révoltes parmi les dynastes tributaires du voisin, les empires s’épuisant dans ces rebellions incessantes.

Plus les nouveaux Etats Araméens cristallisent et prennent de la puisance (Aram, Abiru (Hebreux), Amurru,...) plus la domination de l’Egypte a du mal à s’imposer

Nubie

Thoutmosis III repousse les frontières jusqu’à la quatrième cataracte, l’Empire devenant frontalier d’Irèm et Nmayou (Soudan Oriental et méridional) : à son apogée vers 1430, l’Egypte du Nouvel Empire est la plaque tournante de l’économie du Proche Orient, mettant en liaison l’Afrique avec le Proche Orient et par là, le monde Méditerranéen (Grèce, Etrusques,...) avec l’Asie (Bactriane, Inde) et la Mésopotamie

Progressivement, les empires Mésopotamiens n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers le bois de construction et les minerais de Syrie du Nord et Cappadoce : les invasions Pré-Indo-Iraniennes (Gutis, Kassites, Hourrites) puis Indo-Iraniennes (Mèdes, Perses, Urartu,..) rendent plus difficile la domination sur les routes commerciales d’Iran à travers le Zagros, et les invasions Indo-Européennes (Hittites, Luwi, Achéens, …) coupent les approvisionnements en Anatolie. La concurrence avec l’Egypte est dès lors inévitable (Carte 3 & 4). Les rébellions incessantes encouragées en sous-main dans le camp adverse, et donc la nécessité de pacifier durablement les secteurs d’approvisionnements, conduiront aux grands « empires internationaux » de la Période Tardive jusqu’à la Période Hellénistique (Assyrie, Babylonie de Nabonide, Médie, Perse, Empire d’Alexandre). L’Assyrie commence ce mouvement pour assurer les tributs et le bois de construction de Syrie du Nord et du Liban : puis de révoltes en guerres menées par l’Egypte, la seule issue pour Assur sera l’invasion de la vallée du Nil. Il en sera de même pour la Babylonie et pour la Perse qui finira par réunir tout le Moyen-Orient dans son Empire qui sera repris par Alexandre le Grand.

Au cours de toute cette période historique, la Phénicie n’est pas un objectif stratégique que pour son bois de construction. C’est le pays des marins : quand on veut une flotte de haute mer (de guerre ou de commerce), c’est à la Phénicie qu’on s’adresse. Les bateaux y sont construits, équipés, armés. A l’Epoque Tardive, avoir une flotte est capital et passe par la Phénicie ou Chypre : ce seront les objectifs de conquête de pharaons comme Hophra/Apriès (588-568) ou Takôs (361-359), mais aussi des Grecs (390-391) ou d’Alexandre (333-332) quand ils voudront amoindrir la puissance Perse.

Informations sur cet article
  • Auteur(s) : her bak
  • Publication : 21 juin 2006
  • Mise à jour : 5 juin 2006
  • Profil(s) : Egyptoexpert

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