Ce bas relief peint, de 4 mètres de large et 2,618 mètres de haut, est situé sur la paroi Sud de la troisième partie du couloir d’accès à la tombe de Ramsès IX, et clôture la représentation du cycle de la Douat.
Le tableau est coupé en deux parties. D’un côté (à droite), le Roi, avec la couronne atef composée de divers éléments : surmontée par une tête de bélier comprenant avec les 3 uraeus, 4 disques solaires, le tout posé sur les cornes horizontales de Khnoum. Il offre une petite Maât assise sur une corbeille à Ptah et à Maât Ptah est représenté sous un des aspects d’Osiris, momifié, tenant les deux sceptres ouas dans ses deux mains opposées. Maât, Neter de la Justice et de la balance qui sépare le pur de l’impur, est debout, plus petite devant Ptah. Tous deux sont debout sur un socle en forme de coin, symbole de Maât. A gauche, le Roi, sous les traits d’un Osiris momifié et ithyphallique, dessine un triangle : sous terre dans la montagne, il est couché en plan incliné, les bras levés au-dessus de la tête, formant l’hypothénuse d’un triangle dont le serpent ondulé serait la base et la cathète. Au-dessus des cartouches au nom de Ramsès IX, le scarabée roule sa boule solaire à l’extérieur de la montagne avec ses pattes arrière.
La momie, l’Osiris ithyphallique, est dans la montagne, telle une chrysalide qui va éclore. Le scarabée roulant sa boule hors de la montagne est le symbole de l’apparition solaire. Cette scène clôture la série de textes expliquant les choses de la Douat, exposées sur les couloirs précédents depuis l’entrée. C’est la fin de la génèse dans la Douat (le monde des transformations, et par extension de la nuit de la vie terrestre et de la migration de l’âme) qui fera apparaître le cycle solaire sensible.
Le texte inscrit à gauche du scarabée roulant sa boule est enigmatique : « Ce dieu [Neter] est ainsi : ses deux bras sont dans le geste d’exultation au-dessus de lui, ses deux jambes sont dans l’endroit de la destruction, le scarabée vivant, naissance de ce grand dieu [Neter] est dans la Qerert [ caverne ] de ce Neter. Il appelle Osiris et Osiris l’appelle. Ce Neter est dans la Douat [plongé] dans les ténèbres épaisses, le serpent Nehep est son gardien, il entoure sa forme au moment de la naissance de Râ. Donne qu’Horus, qui apparaît à Thèbes, soit avec toi et qu’il te protège ! »
On retrouve peu de représentations analogues. Deux sont répertoriées aux Musée du caire, au nom d’une chanteuse d’Amon (« Papyrus mythologiques de Her-Houben »). Le papyrus Her Ouben, qui est « Livre de ce qu’il y a dans la Douat », ne contient que trois scènes, la dernière étant analogue à celle-ci. La défunte est devant la porte conduisant au tombeau d’Osiris, et derrière cette porte gardée par un personnage à tête de lion tenant un fouet en main,, un long serpent retient dans ses replis les 4 fils d’Horus debout momifiés. Le corps de ce serpent se prolonge sous la montagne et forme la base et la cathète d’un triangle dont l’Osiris le bras levé au dessus de la tête forme l’hypothénuse. Le texte dit : « Osiris, celui qui se réveille en santé, celui qui est à la tête de l’Occident, grand Neter, résidant dans la Douat, cette terre sacrée, c’est la butte de Khepri » [la butte de Khepri = la butte des transformations]
La disposition est identique : à la fin de la révélation de ce qui est dans la Douat, devant l’entrée réelle du tombeau. Cette scène de toute évidence a un sens profond. C’est bien sur une figure géométrique (grand rectangle, divisé en deux tableaux de parts inégales, triangle sacré, etc) mais il s’agit aussi de l’expression d’un principe.
Sur la photo Fig 1, les trois cercles montrent les traces des « points de repères » inutiles pour le sculpteur, puisque tracés sur la peinture et sur le stuc, mais très utiles pour le lecteur. Les traits rouges donnent des mesures en mètres, les traits noirs indiquent les mouvements.
=> Le point un, est aux pieds de la momie ithyphallique, un trait rouge horizontal, peint au dessus de la ligne noire de base : c’est l’horizontale du tableau
=> Le point deux, est au dessus du scarabée, un trait rouge tangent au disque solaire dans sa partie supérieure, est à 2,50 mètre de la ligne de base, donc du premier trait.
=> Le point trois, est près des cartouches contenant les noms du roi , un trait rouge horizontal qui se trouve à 2 mètres de la ligne de base.
Ces trois lignes servent aussi à définir pour unité le demi-mètre qui est aussi rappelé dans plusieurs autres endroits de la figure. Enfin, le dernier point en marquant la hauteur de 2 mètres, donne la taille du canon humain : 2 mètres divisé par 18 sera donc la trame du canon humain. Pour ne pas surcharger les illustrations, et pour insister plus sur le fait que cette figure montre que les pharaoniques connaissaient le mètre, nous tracerons donc une trame plus large, basée sur la hauteur comprise entre la parallèle au point 3 et celle du point 2, et qui est... 0,50 mètre.
L’axe vertical de Osiris-Ptah (axe passant des pieds à la tête) est exactement parallèle aux côtés du tableau, et se trouve à 2 mètres du côté droit. L’axe de la petite Maat donnée en offrande par le roi est à 1 mètre de ce côté. Osiris-Ptah tient deux sceptres ouas dans ses mains , qui forment deux angles différents par rapport à la verticale de son axe. Dans la main gauche, le sceptre détermine le rapport 1 à Φ² (Voir Fig 4,point No3) : ce sceptre donne la fonction de ce que précise la main droite. Dans la main droite, le sceptre détermine avec la verticale, l’angle indiqué (Fig 4-point No 2) : il permet la transformation de la longueur de la corde de l’angle de 60° en la longueur de son arc. Le prolongement du ouas (fig3 ) jusqu’au socle et jusqu’à la ligne des 2.50 mètres au ciel, donne une diagonale mesurant 2.618 mètres, c’est-à-dire 5 coudées royales de cycle ; 2.618 mètres étant aussi la hauteur totale du tableau.
La subdivision des 2 mètres (du sol à la calotte crânienne) par 18 carrés (canon égyptien) donne un canevas formé de carrés de 6 doigts de côtés, et représentant donc chacun 1/100 de brasse moyenne (voir article Coudées) La hauteur de 2.50 mètres est alors constituée de 22 carrés ½ et la longueur totale du tableau représente 39 carrés. Dans ces nombres, nous retrouvons la proportion 78 à 45 (dont l’inverse est 45 à 26) dans lequel on trouve un canevas issu de la racine de 3 (voir article introduction aux racines). Les mesures en mètres confirment cette fonction. En effet, la longueur totale du tableau est de 4.33 mètres. Si on la divise par la hauteur comprise entre les repères 1 et 2 (qui donne une hauteur du tableau à 2.50 mètres), on trouve la proportion exacte de :
4.33m / 2.50 m = 1.732... = √3
Ainsi le rectangle qui entoure ce tableau est le rectangle directeur de l’hexagone qui commande la division du temps. La diagonale AC (Fig4) vaut 5 mètres et permet de tracer un cercle circonscrit de 2.50 m de rayon, dont chauqe arc de 60° mesure 5 coudées royales ou 2.618 m, nombres mentionnés et dévoilés par la hauteur du tableau avec le ciel.
L’Osiris Ithyphallique définit le principe de la Coudée Royale (voir article Coudées). Le quadrillage (canevas) fig3 montre clairement que le roi momifié incliné dans la montagne, est bien l’hypothénuse du triangle 3 - 4 marqué par le serpent, donnant le triangle sacré 3 :4 :5. La longueur de la coudée du bras levé vaut alors 1, et le roi 5+1.
L’homme vaut Φ² par rapport à sa mesure naturelle précisée par le nombril. Ici, il vaut 5 en tant qu’hypothénuse. Cette figure révèle la fonction qui mesure le cycle, soit 5+1 en coudées, ou Φ² + son cinquième, c’est-à-dire :
(2.618m / 5) x 6 = 3.1416 = π
C’est la valeur de π, égal à 1,2 Φ² ou 12Φ² = 31,416...Cette représentation explique le sens de la phrase disant que « douze Hommes royaux mesurent le cycle du Ciel ». La fonction Φ est dans l’impulsion originelle du devenir, et Φ donne fonctionnellement la seule réelle valeur du coefficient cyclique, Φ étant lui-même un nombre cyclique, si bien que le coefficient π est en fonction de Φ (voir articles sur maths égyptienne : coudée, trigonométrie).
Nous avons vu au point 2 ci-dessus, comment le mètre mesure le diamètre et la coudée l’arc de 60°. La momie royale en hypothénuse évoque les fonctions précisées par l’ensemble du tableau : valant 5, il nous ramène à la fonction des cinq sixièmes de Φ² définissant le coefficient π. On retrouve ici la transformation de la ligne droite (ou rayon) en courbe de cycle ou coudée royale. La valeur précise de π est donnée par le sceptre tenu à main droite d’Osiris Ptah. Ainsi, le roi momifié est symbole fonctionnel de ce qui est évoqué par la figure centrale (Ptah) qui établit comme nous allons maintenant le voir, un rapport entre les hauteurs de Maât et de Ptah : ces hauteurs sont entre elles comme le rayon d’un cercle (Maât) et la hauteur du pentagone inscrit dans ce cercle (Ptah).
... par la hauteur de Maat et Ptah. Ptah définit le pentagone, dont le côté sert de largeur à un rectangle ayant pour longueur deux fois le rayon du cercle inscrit(en traits blanc fin sur la figure5). Ce rectangle, croisé à angle droit, détermine l’angle de déplacement d’un deuxième pentagone superposé au premier.
Sur cette figure, le rectangle ayant pour longueur la moitié « a b » du côté du pentagone et pour largeur la moitié « d e » du rayon r du cercle inscrit est coupé par sa diagonale. L’angle aigu de celle-ci (noté 1sur la photo)mesure exactement 34°32’ La moitié de cet angle est obtenue par l’addition de la hauteur « ab » avec cette diagonale, ce qui donne la longueur indiquée par le segment « ac ». Le triangle rectangle formé ( segment « ac » et segment « de »)a pour hypothénuse une longueur valant 3.14159... pour la longueur « ac » considérée valoir 3
L’axe vertical Ptah correspond à la hauteur du premier pentagone, et l’axe vertical de Maât coïncide avec la diagonale du deuxième pentagone. La hauteur de Maât correspond au diamètre du cercle circonscrit et à la hauteur du second pentagone.
Par ce jeu géométrique, on « visualise » comment le déplacement à angle droit d’un rectangle formé avec les éléments d’un pentagone, détermine un nouveau pentagone « pivotant » de 18° sur le premier : cela permet la détermination géométrique d’un π parfait, et donc la quadrature du cercle. « Toute cette figure, comprenant les deux tableaux, s’inscrit dans un rectangle qui sur son cercle circonscrit, découpe l’hexagone, lequel applique les fonctions définies par le pentagone (...) Maât est un principe et non quelque chose, elle est comme la balance qui fait ici la scission de Ptah d’où résulte la quintessence que l’on traduit par le pentagone .RA Schwaller de Lubicz »
Cette portée symbolique est renforcée par le fait que le tableau soit placé « sous les auspices » de la √3 (pour la signification des racines 2,3 et 5, voir article « introduction aux racines » dernier paragraphe).
Ce tableau est un modèle du mode d’expression « métaphysique »de la pensée égyptienne. Nous sommes à la fin de la genèse de la Douat, le monde des transformations, de la nuit dans le cycle terrestre et des migrations de l’âme jusqu’à sa renaissance. Du cycle de la Douat émergera le cycle solaire sensible, visible, que le scarabée pousse hors de la montagne. La momie ithyphallique est la chrysalide du monde sensible qui va éclore et s’exprimer, elle en contient les principes (tout ce qui a été dit au long de cet article). Cela motive aussi les jeux de mesures : le mètre ne servait essentiellement qu’à mesurer les rayons et les diamètres des cercles, les pharaoniques considérant le cercle comme un cycle, et donc mesuré en coudée et brasses (voir article coudées). Le mètre est motivé par les mesures du cadre entourant le tableau, mais la coudée est aussi exprimée, et donc avec elle, le Temps et sous entendue, la brasse pour le Chemin...Trois « dimensions » sans lesquelles il n’y a pas de monde sensible (de nos jour on dit Temps-Espace-Mouvement). Les figures mathématiques expliquent ce passage d’une phase à l’autre (du pentagone à l’hexagone, de Cinq angles à Six angles). Les rapports mathématiques définis par ce tableau ne sont pas que des rapports mathématiques : ils sont en liaison avec le cosmos, avec une définition de la vie, avec le Mythe.
L’expression symbolique des pharaoniques est exceptionnelle : ce seul tableau nécessiterait de nos jours de très longues explications mathématiques (pour comprendre les principes exprimés) mais aussi philosophique ( symbole du passage de 5 à 6, symbole des Nombres (Platon),etc), biologique (la chrysalide qui ne meurt pas mais donne naissance a être biologique différent), etc...Tout cela, est dit en une image, qui nous révèle beaucoup sur une pensée très différente de la notre, une pensée synthétique (au sens synthèse).
Une pensée réservée a priori aux initiés des secrets du temple qui détient le savoir. En reprenant maintenant l’image en fig2, nous « voyons » tout ce qui a été exposé ici, comme le voyait le scribe ou prêtre : les trois repères rouges, le centre de la scène (croisement sceptres ouas et croisement des bandelettes de la momie),qui correspond à l’axe horizontal central qui passe par la tête de Maât et la taille du Roi au-dessus du tablier à gauche, et à droite par le phallus de la momie (symbolique du tablier, de la taille, du phallus) , puis les axes verticaux... Nous pouvons les visualiser, comme le scribe les visualisait. C’est une pensée exprimée de facon « ésotérique » (sens caché) en opposition avec notre mode de pensée « exotérique » (sens révélé).
La symbolique de Maât, nous l’avons vu, est forte. Celle de Ptah l’est d’autant plus. Il est la « divinité emmaillotée », ligoté par sa chute dans le monde créé : avec Ptah, dans les 4 grandes « Révélations », dans les « phases » de la genèse, nous sortons du monde ectypique des « Idées » pour entrer dans le monde physique. Ptah est celui qui dénombre les forces précédentes qui n’étaient que principielles (métaphysiques) en les « plongeant » dans le monde matériel. C’est bien, nous l’avons vu, ce qu’explique ce tableau.
Enfin, ce tableau amène à se poser la question de la définition de la mort et de la vie. Nous sommes au moment de la réincarnation de Pharaon. Il n’y pas, ici, vie et mort au sens ou nous l’entendons aujourd’hui, mais plutôt idée de passage, cycle, alternance qui font la Vie (ankh). La réincarnation ici, par ce rôle de Ptah, n’est pas liée seulement à l’idée de mort. C’est aussi la sortie de l’aube (boule solaire du scarabée) ou chaque matin l’homme s’éveille (se réincarne...) dans un monde qui n’est pas le même que la veille (la planète se déplace, des choses sont transformées ou changées (vie cellulaire), naissances, morts, etc...). C’est aussi le passage d’une année à l’autre ou d’une phase du « Devenir » à l’autre...
ça met en évidence la pensée des anciens égyptiens. On remarque nettement que la pensée égyptienne est philosophique, comme tu l’explique le long de tous les articles que tu as écrits. Alors je met bien en évidence de l’influence de la mythologie égyptienne sur la philosophie grecque, et le monothéisme ( selon moi, les religions ne sont que des mythes !) nous pouvons remarqué ceci par le livre des mort, les textes des pyramides, les textes des sarcophages etc... ( mais ceci est une autre histoire ;) )
Je me demande, est-ce que ceci aurait influencé Pythagore ? Je n’ai pas étudier la biographie de ce philosophie, ni lu le livre d’Euclide ^^. Est-ce que l’Egypte est-elle a l’origine des sciences ? Je suppose que oui !
Alexandre.
L´Egypte Ancienne de Toutankharton - Contenu sous Licence Creative Commons BY-NC-SA - Valide HTML 4.01 et CSS 2 - Design, maintenance :Thomas Joulin
A propos du site - Contacter l´auteur - Politique d´accessibilité - Plan du site - Haut de page
Partenaires : Egypte Antique Photos d'Egypte Fondation Artistique Paris Art Contemporain Photographie