Ce retour séminal au chaos primordial se jouait année après année en Egypte où la crue du Nil fonctionnait comme matrice archétypale, ainsi que l’a bien montré Christiane Desroches Noblecourt dans Amours et fureurs de La Lointaine. L’ambivalence à la fois fertile et destructrice du fleuve était féminine par excellence, ambivalence de lionne, de femme ardente capable de jouer à l’homme. Il fallait absolument apaiser cette créature d’or. Est-ce parce que l’Egypte était régulièrement submergée un tiers de l’année que sa cosmogonie évoque la cosmogonie du peuple le plus océanique au monde : les Polynésiens qui ont peuplé le tiers liquide du globe ? Ce régime des crues autorisait les défunts Egyptiens à espérer le renouveau perpétuel grâce au retour annuel au sein liquide. La terre s’éléverait à nouveau, telle une île, telle une pyramide d’où sortirait un soleil régénéré. Le pharaon se revigorait dans les eaux rouges abyssiniennes qui annonçaient le déluge bienvenu. Sirius, la plus éclatante des étoiles de la constellation Canis Major, disparaît soixante-dix jours du ciel oriental pour ré-apparaître à l’aube à la mi-juillet, juste avant le soleil, puis l’inondation gronde, commence l’année calendaire, se tient le jubilé royal fusionnant Sirius et Isis, mère de Pharaon. Commencent aussi les vendanges.

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